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Hollande et Messali Hadj,le fantôme de l’histoire algérienne .

by sur 25 décembre 2012

Un des lecteurs de notre blog nous a transmis le message suivant :
« Chers amis,

Vous trouverez ci-dessous en lien un article exceptionnel publié le 22
Décembre par l’heddomadaire Marianne :
http://www.marianne.net/Hollande-et-Messali-Hadj-le-fantome-de-l-histoire-al
gerienne_a225326.html
« .

En guise de remerciements , nous publions directement sur notre blog cet article parû sur le site www.marianne.net.

Merci à notre ami lecteur .
Merci , bien évidemment à l’auteur de l’article , à savoir M. Claude Askolovitch.

Chers amis , à vos claviers , pour d’éventuels commentaires.

Myriam Gazal .

Donc, François Hollande parle de l’injustice et de la brutalité du colonialisme, et nous sommes tant frileux que ce battement de porte ouverte nous enrhumerait ? C’est ainsi que la France est malade, à la fois de ses bruits de volière (mots-valises, repentance et compagnie) et de ses étouffements.

Hollande est bonhomme. Il ne brutalise pas, chuchote une part d’histoire à l’équilibre. Après tant de postures, les morceaux de vérité dont il peuple son discours ont la grâce des brises fraiches –mais pas plus. Le discours d’Alger devait moins à l’histoire qu’à la politique : on ne fait pas d’histoire devant une assemblée parlementaire étrangère, mais de la diplomatie, au mieux. Hollande a dit aux algériens ce qu’ils voulaient entendre, a minima; il a calibré l’audible, suggéré une geste positive, nommé quelques justes (Germaine Tillion) pour que chacun s’y reconnaisse. C’était à la fois problématique par le lieu, par la tonalité et par les non-dits, et une avancée en même temps. Le tout est de ne pas en être dupes, ni insatisfaits.

Deux remarques à cette fin.

1- Le discours sur le colonialisme, ce n’est pas aux Algériens qu’il faudrait le tenir mais en France, aux Français, patrie du crime et des criminels, dont nous sommes les héritiers. C’est en France, où l’on célébrait à l’assemblée le rôle positif de la colonisation, et où perdure dans certaines droites l’esprit de l’OAS, qu’il faudrait parler, donc dire aussi le pire : que c’est la République même, notre régime sacré, qui s’est perdue outre-Méditerranée, quand Alger, Oran et Constantine étaient des préfectures, quand on y buvait l’anisette innocente entre salut au drapeau et discours de conseiller général, comme dans le Lot ou en Seine-Inférieure.

Il ne faut pas se tromper de crime. Le folklore de Bugeaud, la casquette la casquette, la smalah d’Abd-el-kader, le soufflet du Dey d’Alger, la geste épique de la conquête, et même la sale guerre d’Algérie, la propagande, la torture et le mépris, tout cela, horrible, peut se réintégrer dans le discours national. Affaires de conquêtes et d’exploitation au départ, de lutte contre le terrorisme ensuite, d’aveuglement politique enfin. Il est aussi facile et convenu de condamner la torture que de la contextualiser. On pourra toujours opposer la petite handicapée du milk-bar plastiqué par le FLN à l’algérien passé à la gégène, les fermiers massacrés par les maquis aux assassinés des corvées de bois…

Ce qui est irréparable se situe ailleurs, au-delà-même des tueries, dans la perversion d’une idée politique, dans ces mots, «Algérie Française», qui étaient une vérité horrible. Quand l’Algérie était la France, au meilleur de la république, quand elle inventait Camus, quand Alger était la capitale du gaullisme de résistance et l’âme même du pays, quand le peuple pied-noir votait progressiste – quand cette France idéale, miniature, en quintessence, s’adossait pourtant à la négation d’un pays. La République posée sur le déni d’âme et de citoyenneté, sur l’égalité refusée à la population indigène, la République sur l’esclavage civil…

Le massacre de Sétif, le 8 mai 1945, n’est pas une aberration mais une logique même. Exécutés par les troupes françaises, les algériens n’étaient pas, chez eux, de la même humanité. Hollande l’a évoqué à Alger, à mots chuchotés. Mais au fond, cela nous regarde, nous, Français, et concerne peu les algériens. Ce que nous leur avons fait, ils le savent. Ce que nous nous faisons, c’est autre chose, et on n’en est pas sorti.

2- Curieusement, cette exigence de la vérité la plus difficile – regarder le mal que l’on se fait à soi-même – François Hollande l’a suggérée à l’Algérie elle-même. Cela n’avait rien de spectaculaire et est passé inaperçu, dans le convenu des commentaires. Hollande n’a pas évoqué les pied-noirs chassés d’Oran, les Harkis massacrés, «nos» victimes en somme – ç’aurait été du bruit et de l’attendu… Il a parlé de Messali. Juste un mot, une allusion, une phrase dont l’objet principal était trompeur – la reconnaissance de la mémoire pied-noir – mais qui allait au-delà : «Je me rendrai à Tlemcen, la ville de Messali Hadj, l’un des fondateurs du nationalisme algérien, qui évoque lui-même, dans ses mémoires, les Français d’Algérie, en rappelant l’amitié et la confiance, en évoquant ses relations simples, quotidiennes, naturelles dont le souvenir nous appartient.»

Aucun observateur français ne l’a relevée mais les algériens, eux, l’ont comprise. Messali Hadj est le fantôme de l’histoire algérienne et le remords de l’Etat-FLN dont Bouteflika est l’ultime représentant – bafoué de son vivant et méprisé après sa mort. Il ne fut pas «l’un des fondateurs du nationalisme algérien», mais son inventeur politique, sans lequel rien n’aurait été possible –nationaliste et marxiste à la fois – l’homme qui voulait transformer l’Algérie sous la botte en une autre république.

C’est son épouse, Emilie Busquant, une française, qui inventa le futur drapeau Algérien, vert blanc et rouge au croissant, en 1937… Quand la guerre d’Algérie éclate, Messali s’oppose à la violence du FLN, perd la combat fratricide. Ses partisans du MNA seront massacrés par les vainqueurs, leur histoire dispersée, et Messali, exilé en France par les colonisateurs, sera empêché de rentrer chez lui par l’Algérie indépendante, arrogante et soviétisée. Il mourra à Gouvieux, dans l’Oise, en 1974. Son corps rapatrié à Tlemcen, sa ville natale, Messali restera aux oubliettes de l’histoire avant d’être récupéré par Bouteflika au nom de la paix civile, admis comme une célébrité locale – le héros de la seule Tlemcen, folklorisé dans une commémoration vide de sens – mais jamais reconnu à sa vraie place.

Jeudi, il a été le seul personnage algérien évoqué par Hollande devant les parlementaires du pays, comme une ironie et une invite à l’introspection : il aura fallu l’ancien colonisateur que l’on prononce le nom du héros interdit, pour que des applaudissements retentissent au nom du banni, et que cesse le déni de sa propre histoire par l’Algérie officielle. Cela s’est fait sans avoir l’air d’y toucher, sans cris ni provocation, sans arrogance, à l’abri de la reconnaissance du colonialisme, dans une période du discours qui parlait d’autre chose? Subtilement en somme, puisque telle est la marque du hollandisme, qui ne proclame pas ses victoires et n’affiche pas ses transgressions.

Celle-là est belle, qui aura rendu la lumière à un exilé de l’histoire, loin de nos bruits quotidiens.

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