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La gauche marocaine devant de grands défis

by sur 15 mai 2013

La gauche marocaine devant de grands défis

par Chawqui Lotfi
(14 avril 2008)

Une analyse générale des élections dégage des faits solides

Le taux de participation réel est sans doute inférieur à 25%. Et dans cette participation, une fois enlevée les incitations frauduleuses à voter, les achats des voix, les pressions directes ou indirectes des agents d’autorité, la somme des bulletins nuls (prés de 1 million de voix), on se rend compte que ces élections ne présentaient « aucun enjeu ». Une analyse plus détaillée montre que l’ensemble des masses populaires et des travailleurs ne se sont pas déplacés, les taux de participation sont en général très faibles dans les quartiers populaires. Le seul ressort de participation a son ancrage relatif dans les campagnes où les traditions d’allégeances, les pratiques clientélistes, le recours parfois à des légitimations tribales pour soutenir tel ou tel candidat, sont encore largement présents.

La deuxième leçon est l’effondrement des partis de la gauche parlementaire : défaite de nombre de ses leaders, recul significatif des voix, effritement de leurs influences électorales autrefois dans des bastions traditionnels et notamment dans les grandes villes. Mais également échec de la gauche dite démocratique malgré une alliance qui non seulement n’est pas en mesure de constituer un groupe parlementaire mais récolte 6 siéges ! Là encore, pour ceux qui en doutaient, la vérité des prix est sans appel : ces partis n’ont qu’une base sociale étroite même après avoir unis leurs forces ! Et leur stratégie de conquêtes des positions à l’intérieur des institutions pour changer de l’intérieur le système témoigne à nouveau d’un échec.

La troisième leçon est la maîtrise de la mouvance islamiste légale : Le PJD avait mené sa campagne contre la corruption, comme parti qui respecte ses engagements, comme parti qui veut faire du neuf. Mais en fin de compte le PJD pâtit des règles établies du système électoral mais aussi d’un profil gestionnaire qui, comme tous les autres partis, tournent le dos à la question sociale et démocratique .

La quatrième leçon : la victoire de l’Istiqlal, le bon positionnement du MP et du RNI , c’est-à-dire de partis phagocytés par le système montre qu’au fond il n’ y a pas de renouvellement de l’élite politique forgée et assimilée par le système. La nomination comme premier ministre de l’auteur du scandale d’al najjat en est l’illustration.

Crise de legitimité des institutions et des partis

La faiblesse de la participation indique une perte de légitimité profonde et une défiance réelle vis-à-vis de toutes les institutions. Tous ces partis ne tiennent que par la volonté du pouvoir et connaissent eux même un divorce sans précèdent par rapport à la population. Ceux qui , « démocrates » ou de « gauche » insistent sur les règles faussées du jeu électoral, l’usage persistante de la fraude, l’absence de réformes significatives qui permettraient de « réhabiliter » le parlement et le gouvernement, l’inégalité de traitement des candidats sur le plan médiatique, ne font que critiquer ce qu’ils ont eux même accepté : une participation, dans des conditions non démocratiques, à un système qui dissocie dans la réalité, multipartisme et pluralisme, et qui ne laisse place à aucune opposition réelle dans le cadre des institutions. Cette non participation doit être correctement interprétée. Elle signifie pour une large majorité le refus de faire une différence entre les différents partis pour plusieurs raisons :

Tous n’ont pas d’autre ambition que d’intégrer des postes pour appliquer une politique antipopulaire et s’enrichir. Tous prennent leur ordre d’ailleurs et n’expriment aucun projet autonome : c’est le roi et lui seul qui décide Tous n’apparaissent et ne s’intéressent aux citoyens qu’au moment des élections en les considérant comme un marché où les voix peuvent s’acheter à coup de promesses ou d’argent.

De ce point de vue, il y a bien un acte de résistance dans le refus d’aller voter. C’est à la fois un désenchantement par rapport à la vie politique telle qu’elle existe, la perte de conviction que la politique peut se bâtir sur des convictions et des engagements réels, être un relais des aspirations sociales, mais aussi un avertissement sans appel et une conscience diffuse que ce système politique n’est pas celui du peuple. A une telle échelle de non participation, les motivations sont certes hétérogènes, il n’en reste pas moins que malgré, une intense propagande, l’appel solennel du roi, la non participation, en raison même de son ampleur, témoigne d’une forme de désobéissance par rapport à ceux qui détiennent le pouvoir et l’élite, toutes les élites. En même temps, il ne faut pas surestimer le sens politique de cet événement. Il s’agit d’un acte de résistance passif : il s’agit d’un rejet, ni plus ni moins, et qui n’est pas en lui-même, porteur d’une alternative politique et d’une dynamique collective.

Ce dont témoignent ces élections, ce n’est pas seulement la crise des partis institutionnels mais aussi du mouvement syndical et de ce que certains nomment un peu trop rapidement la société civile. Au fond, ce sont toutes les formes sociales, politiques, syndicales, médiatiques qui sont rejetés en bloc. L’engagement en particulier des directions syndicales derrière des formations électorales est un coup terrible qui ne manquera pas d’accélérer leur discrédit, l’alignement d’une large partie du mouvement associatif sur une position de pseudo neutralité objective ou de caution moral d’une pseudo transition démocratique, en dit long sur l’état de décomposition qui agite les « courants organisés ».

La crise donc de la démocratie de façade est aussi la crise de son opposition. Celle, bien sur, qui est intégrée, incapable de peser sur la logique interne d’un système qui légitime la dictature du capital local et international et la domination d’une maffia arrogante. Mais aussi celle de son opposition radicale, incapable d’exploiter cette crise sans précèdent de la représentation politique et de trouver les voies de la transformation d’une résistance passive et anonyme en mouvement de contestation collectif. L’adéquation formelle du positionnement de la gauche réellement radicale (appel au boycott) et l’état d’esprit des masses ne doit générer aucune attitude triomphaliste : la gauche radicale n’est en rien responsable dans ce positionnement spontanée. Et elle n’en sortira pas renforcée.

Et pour cause, on ne récolte que ce que l’on a semé. Si La gauche libérale et réformiste paye ses compromissions, son attitude servile, la gauche radicale, elle paye l’absence de son enracinement, ses divisions, mais aussi plus profondément les limites de son orientation.

Gauche radicale : nécessité d’une nouvelle orientation

Toute la gauche radicale doit aujourd’hui tirer un bilan :

a) les limites de l’opposition démocratique

La stratégie qui visait à radicaliser l’opposition traditionnelle, son aile démocratique, en somme à peser sur les contradictions internes de la gauche institutionnelle s’est avérée erronée. Il n’y aura pas de « recomposition » d’en haut et de construction d’un bloc démocratique radical à partir de cette démarche. Loin d’aider à souder les classes populaires autour d’un front uni , loin d’aider à l’expression politique de la contradiction fondamentale, cette stratégie tend au contraire à bloquer les avancées dans ce sens. Car dans la réalité « les forces dites démocratiques » ne sont pas des courants confus qui évoluent vers la gauche ou qui se radicalisent, ni des courants qui ont une implantation sociale stable et effective. Entre d’une part, la nécessité de mobilisations de masse pour développer les résistances, d’imposer l’isolement de la maffia makhzenienne, arracher le maximum de droits démocratiques, sans même parler de l’établissement d’une constitution démocratique ; et d’autre part, la possibilité matérielle, sociale et politique pour ces forces de s’intégrer, même en position subordonnée, dans les institutions, les choix sont faits. Et à vrai dire depuis longtemps. Pas seulement par myopie politique ou illusion réformiste mais parce que ces partis sont dominés par des bureaucraties politiques et syndicales cristallisées qui souhaitent une plus grande part du gâteau que se partage les classes dominantes et les élites à leur service, même si c’est des miettes. Parce que ces partis sont coupés d’une manière organique des majorités populaires réelles. Ils n’ont plus de substance militante à part quelques configurations locales, et ne voient leur salut et la défense de leurs intérêts spécifiques, que dans une institutionnalisation encore plus grande. Parce que des luttes de masses démocratiques se heurteraient frontalement à leur politique de collaboration de classes et de « crétinisme parlementaire » qui est à la base de leur acceptation par le système. Dans la contradiction fondamentale, ces forces représentent des adversaires stratégiques. Ne pas les considérer comme l’ennemi principal est une chose, cultiver l’illusion que ce sont des alliés pour « l’étape démocratique » et une composante de l’alternative en est une autre. La gauche radicale, du moins sa composante majoritaire, est parfois tombée dans le piége de cette confusion. C’est un élément de sa faiblesse mais aussi, même si il ne s’agit pas de la seule cause, de l’éclatement politique du courant anticapitaliste. Allons, plus loin, cette stratégie politique s’est résumée à une suite de tactiques où la recherche du maintien de l’alliance à tout prix s’est traduite négativement à deux niveaux :

* Dans le travail de masse et syndical où il s’avère que les « alliés « sont des adversaires systématiques au développement d’une orientation de lutte indépendante, quand ils ne sont pas des acteurs clefs dans la démobilisation ou l’autolimitation des revendications.

* Dans le travail directement politique où la perspective d’une lutte ouverte pour une assemblée constituante souveraine a été peu visible. Une assemblée constituante conçue non pas comme un cadre juridique nouveau de réorganisation des rapports politiques mais comme un des éléments de la remise en cause et de la rupture avec toute l’architecture du pouvoir et du démantèlement des institutions existantes. Une assemblée constituante portée par un gouvernement démocratique et des travailleurs issus des mobilisations révolutionnaires de masses et sous le contrôle de la population. Comme seule alternative possible à la démocratie de façade.

Ce bilan bien sûr mérite une discussion franche mais ne suffit pas. Nous avons besoin d’une nouvelle élaboration politique et programmatique et un projet de construction d’une force anticapitaliste d’un type nouveau. Loin de tout opportunisme mais aussi de tout sectarisme. Car la difficulté n’est pas seulement d’avoir une orientation juste, cette notion ne peut être que relative et évolutive toujours à confronter à l’expérience réelle. Mais aussi parce qu’il n’y a pas de lien mécanique entre orientation et construction.

b) une sous estimation de la crise des organisations traditionnelles

Il y a de la part de la gauche radicale, toutes composantes confondues, une sous estimation grave, voire une ignorance profonde de la crise de décomposition des organisations sociales et de masses qui ont vertébré pendant toute une période les expériences collectives de lutte et une politisation inégale mais réelle. Il n’y a plus de colonne vertébrale à de véritables luttes de masses organisées, ni de ferment réel à la reconstruction d’une conscience de classe même élémentaire. Le problème ne se réduit pas à la trahison des directions, ou à l’orientation des appareils, la crise du mouvement ouvrier et populaire ne se réduit pas seulement à celle de son sommet et de sa ligne politique. Elle est plus profonde que ça. Il n’y a nulle part un processus d’accumulation des forces , les anciennes structures syndicales dont désaffectés par leurs bases , les nouveaux mouvements sociaux issus de cette dernière décennie ont du mal à trouver un enracinement et sont des organisations marginales ou larges mais sûrement pas de masse. Les luttes, mêmes quand elles sont combatives n’aboutissent nullement à un renforcement des organisations et la combativité qui s’exprime ne signifie pas ou n’aboutit pas nécessairement à une élévation du niveau de conscience. En d’autres termes, il n’existe pas de point d’appui à une résistance efficace, c’est-à-dire capable d’arracher des victoires mêmes partielles ou de construire les ponts dynamiques d’une contre offensive à partir de la situation défensive d’aujourd’hui.

Dire cela ce n’est pas sombrer dans une vision défaitiste où se contenter d’enregistrer des rapports de forces dégradées pour notre camp. Mais il s’agit d’un appel à un sursaut : c’est notre pratique de lutte, notre rapport au travail de masse, sa conception pratique et politique qui doit être profondément renouvelée. On peut participer activement à toutes les mobilisations, s’investir dans les organisations dites de « masses », occuper tous les terrains, la gauche radicale, ne se renforce pas qualitativement, ni même quantitativement. Quelque soit son orientation générale, ce qui soit dit en passant, montre bien que le problème est plus complexe que de détenir la « bonne ligne ». D’ailleurs ceux qui se targuent d’avoir la bonne ligne ne se sont pas pour autant construits. Aucune citation de Lénine, aucune proclamation de vérités abstraites et générales, aucun attachement idéologique à la nécessité de construire le parti de la classe ouvrière ou socialiste révolutionnaire, pas plus qu’aucun activisme ne fournit une orientation concrète. Les masses populaires ont une défiance certaine envers la démocratie de façade mais ce n’est pas pour autant, qu’elles ont confiance en leur force ou dans les organisations censées les représenter ; qu’elles sont convaincues qu’elles peuvent changer le cours des choses, et qu’elles s’organisent. Il y a donc une tache fondamentale qui doit être au cœur de notre activité : la reconstruction et réorganisation globale d’un nouveau mouvement ouvrier et populaire, de nouvelles méthodes de lutte de masses, de nouvelles formes d’organisation à l’intérieur des processus de lutte, de nouvelles initiatives qui permettent de donner corps à une opposition syndicale et sociale clairement délimitée de la politique bureaucratique. Afin de poser sur le terrain de l’action les jalons d’une indépendance de classe. Sans cela aucun enracinement n’est possible. La question de voir aussi comment s’enraciner dans un milieu social et populaire où n’existe pas ou plus de traditions d’organisation implique une réflexion de fond sur les blocages et difficultés réelles. Le problème est plus large que de voir comment de donner une assisse de masse aux organisations militantes déjà constitués qui agissent sur tel ou tel terrain.

Quelle orientation de lutte ?

C’est donc une réflexion à plusieurs niveaux qui se pose à nous : comment peut se construire un lien organique entre les organisations militantes politiques et sociales et les mobilisations de sorte à construire non pas seulement des initiatives de luttes ponctuelles mais amène les masses à s’organiser sur la durée ? Quelle orientation ? Quel fonctionnement ? Quelle pratique de lutte permet d’engranger des expériences qui vont dans ce sens ? Quand il y a des luttes et quand il n’y en a pas…

Ces questions ne doivent pas être isolés d’une problématique plus large : quelle orientation de lutte ouvre la possibilité concrète de victoires même partielles, de bloquer le rouleau compresseur de la politique de la bourgeoisie maffieuse ? Qu’est ce qui permettrait, au-delà des formes classiques de mobilisation (manifestation, sitting) de faire effectivement pression pour obliger l’adversaire à reculer ? Car le défi, pour ouvrir un cycle nouveau de mobilisation de masse et d’une accumulation des forces, passe aussi par la démonstration concrète qu’il est possible de résister efficacement à l’offensive. Et toutes ces questions sont à résoudre dans le cadre d’une situation générale de dégradation des rapports de force.

Il y a un autre défi qui nous est posé : les luttes de ces quinze dernières années montre que le point de départ des résistances est la défense des besoins immédiats : payement des salaires, pouvoir d’achat, licenciements, accès aux services publics, dégradation des conditions de travail, chômage, répression des droits démocratiques etc…La gauche radicale, sans l’avoir nécessairement théorisé, a eu, face à ces questions, un positionnement limité : elle est intervenue à partir d’une problématique de défense des droits universellement reconnus (et universellement bafoués) : droit au travail, respect des dispositifs positifs du code du travail, droit à l’éducation, à la santé, à l’égalité des droits entre homme et femme etc.… En même temps qu’une dénonciation des politiques antipopulaires du régime. La ligne politique générale s’appuyait sur une politique radicale des droits humains et une dénonciation permanente de la violation de ces droits. Derrière cette approche, il a avait le souci à juste titre d’opposer aux discours officiels sur la démocratisation, la réalité brute des faits mais aussi une réappropriation de la problématique de l’état de droit comme objectif central de la lutte démocratique (immédiate), y compris dans le cadre de la recherche d’alliances politiques. Cette orientation a eu et conserve un intérêt à condition qu’elle n’aboutisse pas à une autolimitation de nos taches, ni à une vision minimaliste de la lutte démocratique, ni à une vision erronée des priorités.

Pour dire les choses autrement, la satisfaction des droits élémentaires et des besoins sociaux se heurtent frontalement aux rapports de classe réellement existants qui sont la base matérielle de la violation permanente des droits. Or une politique radicale, dans le cadre du combat de tous les jours, ne peut se contenter de l’appui aux luttes, de la défense générale des droits et de la dénonciation du pouvoir. Elle doit s’appuyer sur un ensemble de revendications concrètes qui, en partant de la défense des besoins immédiats et du niveau de conscience réellement existant, fasse le lien avec la nécessité d’une remise en cause des rapports politiques et sociaux dominants. Qui décide ? Qui dirige ? Qui contrôle ? Dans ce cadre, il nous faut construire un programme d’urgence sociale et démocratique qui, tout en prenant la défense des revendications immédiates avance la question clef d’une autre répartition des richesses e donc la remise en cause du pouvoir du patronat sur l’économie. Il s’agit, à partir de revendications concrètes, de montrer qu’une autre politique est possible, à condition qu’elle s’attaque aux intérêts des classes dominantes et leur pouvoir. De la manière le plus concrète possible. Les masses populaires connaissent mieux que quiconque les injustices qu’elles subissent. Mais cette connaissance, souvent lucide, ne suffit pas. Nous devons travailler à ce que cette connaissance se transforme en conscience, revendications et objectifs de lutte qui portent une dynamique d’affrontement politique et de remise en cause du pouvoir global des dominants. Mais quelles revendications permettent de montrer que la lutte réelle pour la satisfaction des droits et des besoins nécessite de s’attaquer concrètement à la propriété privée et au pouvoir ? Quelles revendications permettraient, en partant des luttes concrètes, de rendre vivante la conscience que si les masses veulent améliorer leurs conditions, elles doivent s’attaquer aux racines de l’exploitation et de la domination ? Quelles revendications pourrait dessiner les contours d’une politique sociale, économique, démocratique alternative à l’ordre dominant ? Et quelles formes de mobilisation et d’action favorisent non seulement l’expression de la combativité mais aussi rendent possible le développement du niveau conscience et des formes d’organisation indépendantes ?

Tout cela dans le cadre d’une dynamique d’accumulations d’expériences. Car il ne s’agit ni d’avancer un programme maximum déconnecté du niveau de conscience et de l’expérience des masses, loin de leurs revendications immédiates et de ce qu’elle croit possible à un moment donné, ni de se cantonner à un programme minimum qui se contenter de coller à une résistance défensive. Il s’agit donc d’un programme d’action et de lutte qui vise, à partir d’une situation défensive, à construire les éléments et conditions d’une contre offensive. Au-delà de qui relève de l’agitation, de la propagande et des objectifs de lutte dans telle ou telle situation concrète, nous devons avancer des revendications d’ensemble qui remettent en cause la logique du profit et des institutions en place, qui la rende illégitime et pas seulement scandaleuse, aux yeux de larges masses. Ce programme d’action n’est pas un catalogue de revendications juxtaposées et déconnectées les unes par rapport aux autres, ni tout le programme révolutionnaire, ni toutes les réponses à toutes les injustices et facettes de la question sociale et démocratique mais un levier pour l’action indépendante des masses qui concentrent et combinent ses aspirations communes et intérêts vitaux. Et permet une articulation vivante de la lutte sociale et de la lutte démocratique dans le cadre d’une stratégie de rupture avec les intérêts de ceux d’en haut. La faiblesse de la gauche radicale est au fond d’avoir réduit la question sociale soit à une lutte syndicale soit à une lutte sur le terrain des droits humains, même si ces niveaux sont nécessaires. . Et de ne pas en faire un levier d’une construction et apparition politique propre. Nous ne parlons pas de communiqués, articles de journaux ou prises de positions officielles ou de l’investissement militant par le biais du travail de masse ou associatif mais de l’absence d’un corps de revendications qui sert de point d’appui à une maturation politique des processus de lutte, qui permet de nous identifier et de nous délimiter clairement comme courant oppositionnel capable de défendre les intérêts des classes populaires jusqu’au bout….. Pas seulement par notre engagement militant mais à travers nos propositions concrètes. Il n’y a pas dans la pratique de la gauche radicale de fil conducteur entre les résistances quotidiennes et un projet de transformation sociale radicale, ni sur le plan revendicatif, ni dans la recherche des formes de mobilisation, d’action et d’organisation des classes populaires.

Guerre de position ou guerre de mouvement ?

Si nous disons cela, c’est parce que nous pensons que la gauche radicale doit saisir toutes les particularités de la situation concrète et de la nature de la crise globale qui traverse notre société : la crise générale, politique, idéologique, organisationnelle de la gauche en général et du mouvement ouvrier et démocratique en particulier se combine à une offensive sans précèdent des classes dominantes. Cette offensive dans un tel contexte ne rencontre pas de bastions de résistance ou de point d’appui significatifs à l’accumulation de forces où même au maintien et renouvellement de traditions syndicales, sociales et politiques combatives. Non pas que celles ci n’existent plus mais elle sont étouffées et affaiblies et cantonnées à une attitude strictement défensive. Les rapports de forces se sont dégradés qualitativement sur tous les terrains. Dit autrement, la stratégie de la gauche radicale durant ces 15 dernières années s’est apparentée à une guerre de position, au sens de conquête d’un espace politique de lutte dans des organisations de masse et sur le terrain politique, sans voir que le pouvoir a mené lui une guerre de mouvement dans des conditions infiniment plus favorables, imposant son agenda et contraignant la gauche radicale à répondre aux coups, à partir de terrains, tactiques de lutte, revendications et objectifs de mobilisations, parfaitement maîtrisés ou maîtrisables par l’adversaire. Continuer sur cette lancée, c’est aller vers des défaites plus graves.

La résistance globale nécessaire ne sera pas ou pas seulement une addition de résistances spécifiques, elle doit se nourrir d’une orientation de lutte qui permette d’avancer vers des convergences dans la mobilisation et la construction d’une opposition commune aux politiques libérales et antidémocratiques. Elle doit se nourrir de revendications qui enveloppent les intérêts immédiats des masses populaires tout en commençant à remettre en cause la logique globale du système, des revendications qui mettent en avant la nécessité et possibilité de l’unité d’action la plus large des masses populaires. . Elle doit stimuler des expériences et formes de lutte qui encourage les mobilisations indépendantes, leur caractère de masse, leur auto organisation démocratique, la combativité mais aussi, en tenant compte des rythmes, une politisation large sur des bases anticapitalistes. Elle impose à la gauche radicale de dépasser sa routine organisationnelle et les formes et conceptions de travail hérités du passé, sa conception parfois superstructurelle du travail de masse et politique et sans se contenter des positions acquises et de ce que l’on sait faire, mais pour construire patiemment les bases d’une résistance offensive, qui ouvre la voie à une réorganisation et renaissance en profondeur du mouvement social et ouvrier.

Encore faut il que la gauche radicale, ses différentes composantes créent les espaces de rencontre, de débat, d’action commune pour avancer vers de nouvelles expériences, en ne faisant pas du bilan une condition préalable à tout accord, mais en travaillant résolument à une compréhension commune des taches apte à répondre aux vrais défis et enjeux de la période.

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