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Solidarité avec la mobilisation du peuple turc contre le gouvernement Erdogan

by sur 3 juin 2013

Solidarité avec la mobilisation du peuple turc contre le gouvernement Erdogan

Par Lamine Torki

3 juin 2013

Il est encore trop tôt pour tirer toutes les leçons de la récente mobilisation de masse contre le gouvernement Erdogan ou pour prévoir son évolution ainsi que ses conséquences politiques ultérieures.

Alors que Erdogan se vante, à juste titre, d’avoir été massivement élu en 2002 et réélu en 2007 et 2011 en améliorant à chaque fois son score, il recourt de façon tout à fait contradictoire – en apparence – à une répression de plus en plus systématique à l’égard de tous ceux qui sont différents : travailleurs et syndicalistes qui font grève, militants socialistes qui manifestent, journalistes emprisonnés par dizaines, opposants nationalistes de droite ou de centre-gauche, indépendantistes et autonomistes kurdes… Sa récente « ouverture » en direction du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ne doit pas tromper. Elle semble davantage destinée à apaiser la guérilla qui menaçait d’embraser l’Est et le Sud de l’Anatolie au moment où le gouvernement de l’AKP (Parti de la justice et du développement) d’Erdogan participe à l’entreprise impérialiste de déstabilisation et de destruction de la Syrie en aidant militairement, financièrement et politiquement la rébellion : Armée syrienne libre (ASL), Front El Nousra…

Les victoires électorales d’Erdogan, sa capacité à mettre politiquement à genou l’armée turque, son aura atteinte à la suite de l’agression israélienne de la flottille internationale de solidarité avec le peuple palestinien de Gaza et sa haute popularité attestée par des sondages élogieux l’ont encouragé à revenir par petites touches successives au crédo islamiste qui était autrefois le sien avant qu’il ne se « convertisse », sous la pression des militaires turcs, à la laïcité. C’est ainsi qu’après avoir tenté de limiter l’avortement et d’avoir autorisé les femmes voilées à occuper l’espace public, Erdogan a décidé de restreindre drastiquement, au nom de l’islam, la vente d’alcool dans un pays officiellement laïc.

Sur le plan international, le Premier ministre turc a perdu une grande partie de son aura auprès des masses des pays du monde arabe. Après avoir tenu tête aux arrogants dirigeants sionistes (Benyamin Netanyahu, Shimon Péres…), il s’est réconcilié avec eux alors que ceux-ci écrasent et spolient plus que jamais le peuple palestinien. Quelques excuses marmonnées par Netanyahu ont suffi à ressouder l’alliance stratégique entre Israël et la Turquie sous l’œil vigilant du parrain américain, commandant en chef de l’OTAN. Erdogan participe également à l’entreprise de l’impérialisme et de la réaction arabe visant à faire exploser la Syrie, à casser l’axe Téhéran-Damas-Beyrouth de résistance au projet de Grand Moyent-Orient (GMO) et à faire triompher les légions armées takfiristes au service du Qatar et de l’Arabie saoudite et, en définitive, des impérialistes américains, anglais et français.

Sur le plan économique, le gouvernement Erdogan a poursuivi fidèlement la politique néolibérale initiée par Turgut Özal, l’ancien Premier ministre puis Président de la République turque à la charnière des années 1980 et 1990. Gouvernement capitaliste au service du patronat turc, son projet de développement d’un centre commercial à la place Taksim d’Istambul s’avère en totale conformité avec la nature des intérêts qu’il sert. L’Exécutif formé par l’AKP est donc un gouvernement capitaliste néolibéral de droite, conservateur et autoritaire sur le plan interne. Sur le plan externe, il reste au service de l’impérialisme : participation active à l’OTAN, alliance stratégique avec Israël, rapports étroits avec l’Union européenne et ingérence ouverte et active en Syrie.

C’est un tel régime que les masses turques ont commencé à affronter massivement dans la rue ces derniers jours. Partie du projet de destruction d’un parc public sur l’emblématique place Taksim (Istambul) en vue de le remplacer par un centre commercial symbolique de la nature des intérêts défendus par Erdogan, la mobilisation s’est étendue à toute la Turquie (Ankara, Izmir, Antalya…) au point d’amener le gouvernement à suspendre le projet. Le caractère particulièrement violent de la répression a touché de nombreux Turcs qui supportent de moins en moins l’autoritarisme d’Erdogan.

La suspension du projet constitue une victoire partielle encore fragile car le Premier ministre refuse de céder. Mais cela représente déjà un acquis obtenu grâce à une mobilisation massive, déterminée et unitaire autour d’un objectif concret et simple. C’est la dynamique répressive qui a favorisé l’extension du mouvement à tout le pays. On ne sait pas encore si le gouvernement finira par céder. Mais des divisions sont apparues au sein du régime et l’aura d’Erdogan en sera certainement affectée. Il a indéniablement essuyé sa première défaite politique. Espérons qu’elle sera suivie de bien d’autres infligées par le peuple turc.

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