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Le Mali : enjeux politiques et économiques

by sur 12 juin 2013

LE MALI : ENJEUX POLITIQUES ET ECONOMIQUES.

Le Mali, serait « aujourd’hui un véritable concentré de crise », selon les propos d’un diplomate africain. Les ingrédients qui font le patchwork malien, donnent l’aspect d’un véritable kaléidoscope où se réfractent les éléments de la crise de tous les pays de l’Afrique de l’Ouest et d’une partie des pays du Maghreb (Libye, Algérie, Tunisie et Mauritanie). De ce point de vue la crise au Mali, doit être appréhendée sous l’angle d’une crise globale. Si nous considérons les pays directement concernés par la guerre du Mali, nous avons d’abord le voisin direct, le Burkina Faso qui joue actuellement le rôle de médiation dans la crise actuelle, qui a connu une série de mutineries qui ont affecté la garde présidentielle, une crise sociale profonde marquée par des manifestations contre la vie chère et des mobilisations lycéennes et étudiantes contre la police. Actuellement, le Burkina Faso fait l’objet d’une grave crise alimentaire dont les retombées sur la population, atteignent la côte d’alerte. La Côte d’Ivoire, pays également toujours en crise où l’ouest du pays est marqué par des affrontements armés récurrents. Le président Alassane Ouattara qui a bénéficié de l’appui de l’armée française, n’arrive pas à se défaire de cette image qui lui colle à la peau et à asseoir son pouvoir et sa légitimité. Le Nigéria lui, se débat dans une grave crise sociale aggravée par l’immixtion du FMI qui a mis l’économie du pays à genoux par ses ajustements structurels, ce qui a créé un important mouvement de contestation sociale dont une grève générale qui a fait reculer le pouvoir. Ce dernier affronte par ailleurs une guérilla islamiste qui fait courir au pays le risque d’un éclatement qui aurait pour origine, une division historique entre le nord et le sud.

Dans l’image que donne de lui les médias occidentaux, le Mali vit une crise sociale et politique profonde, mais il est présenté comme un pays démocratique qui bénéficie de la bienveillance de l’occident. Il existe plusieurs partis de l’opposition, avec un semblant d’organisation de la société civile et la liberté de la presse, est garantie. C’est cette image de marketing qui est véhiculée par les ennemis du peuple malien. C’est une image du paraître. La réalité est toute autre. Le Mali, est un pays où la corruption est endémique et atteint toute la classe dirigeante du pays. D’autre part, celui-ci a subi une série de plans d’ajustements structurels sous la férule du FMI et de la Banque mondiale qui ont abouti à la déstructuration de l’Etat qui s’est complètement effondré. Les années 1990, ont vu de véritables régressions sociales et des secteurs névralgiques comme l’école ou la santé ont subi des coupes sombres dans leurs budgets et des infrastructures sanitaires ont été complètement abandonnées. Sous l’orientation impérative des institutions internationales, les grandes entreprises de l’Etat, base pérenne de l’économie du Mali telle la Banque internationale du Mali (BIM), de la téléphonie (SOTELMA), celles de l’industrie du textile (Compagnie Malienne du Développement du Textile), ont été bradées pour une bouchée de pain, au profit de multinationales, notamment françaises (DAGRIS, Vivendi, Bouygues, Canac Getma). Maillon faible de la région du Sahel, le Mali est entré dans la crise la plus grave qu’il ait connu depuis l’indépendance (1960). Le père de l’indépendance malienne est Modibo Keita, une figure charismatique de la libération africaine et un panafricaniste convaincu, imprégné des idées socialistes comme la plupart des grands dirigeants africains de la libération, à l’instar de Nasser, Nkrumah, Lumumba et Ben Bella. Modibo Keita, n’a jamais été toléré à l’indépendance à la tête du Mali par l’ancienne puissance coloniale et le général De Gaule. Renversé par un coup d’état militaire, par Moussa Traoré, il sera emprisonné et empoisonné. La dictature de Traoré, ne sera défaite qu’en 1991 suite à de grandes mobilisations populaires qui débouchent sur un nouveau coup d’état dirigé par un jeune colonel Amadou Toumani Touré (ATT) qui laisse ensuite le pouvoir aux civils. Il reviendra malgré tout au pouvoir lors, des élections de 2002. Le cas du Mali, est de ce point de vue atypique par rapport aux autres pays africains. Il développe par récurrence des mobilisations populaires qui débordent dans une dynamique putschiste qui épouse le contour du mouvement social. Ce fut le cas en 1991, avec la chute du dictateur Moussa Traoré et c’est manifeste dans le coup d’état du 22 mars 2012 qui a pour détonateur le mouvement radical des organisations de gauche. Il pour origine une débâcle de l’armée malienne vécue comme une humiliation nationale, suite au massacre d’Aguel’hoc où 82 soldats prisonniers ont été égorgés par les rebelles. Le point d’orgue de ce traumatisme de toute la société malienne, furent les manifestations des femmes et des familles des soldats, en protestation contre le manque de munitions, l’impréparation et les carences dans la gestion de l’armée. C’est cela, qui est à l’origine des mobilisations contre le gouvernement et la hiérarchie militaire. Les évènements se précipitent alors et des mutineries éclatent dans un camp militaire, situé non loin de la capitale Bamako et les soldats se dirigent vers le palais présidentiel et Amadou Toumani Touré a juste le temps de prendre la fuite et le manque de légitimité et le décalage avec la population font le reste. Le pouvoir tombe comme un fruit pourri. C’était à cinq semaines des élections présidentielles et ATT ne s’y présentait pas, pour dire la volonté de changement au sein de la société malienne qui voulait rompre en profondeur, avec tout le système et sa gabegie.

Les militaires qui ont pris le pouvoir, animés par Amadou Sanogo, sont des hommes du rang et des sous-officiers mus par le rejet de la corruption, le souci de l’intérêt national et de la défense du Mali. Ils mettent en place le Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE). Le coup d’état, a jeté un désarroi dans la société malienne et divisé la classe politique tétanisée par le contexte de violence et de misère sociale. C’est d’abord la gauche radicale, incarné par le parti SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance) qui adhère pleinement au mouvement putschiste et créent le Mouvement Populaire du 22 mars (MP22), comme interface à ce dernier. Le MP22, organise des réseaux qui ont plein pied dans le Mali profond (les radios communautaires, le syndicat des paysans du Mali, Terre Travail Dignité, SYPAM TTD, L’Association des expulsés maliens, AME et toutes les petites organisations à gauche). Très vite le mouvement se cherche une profondeur historique et trouve des convergences avec « la Révolution de 1991 ».

Une constellation de partis de droite organisés dans un Front Uni pour la Sauvegarde de la Démocratie (FDR), se rassemble contre le putsch et pour Amadou Toumani Touré. Ces partis sont rejoints par PARENA, une organisation sociale-démocrate ainsi que de la centrale syndicale de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali.

Le départ d’Amadou Toumani Touré, sur demande de la CEDEAO, est une manière de trouver un compromis sur une base constitutionnelle. Il est approuvé par la France qui ne trouve pas grâce face à un président qui a réaffirmé à maintes occasions son refus de toute présence étrangère au Mali. Il est également souhaité par les tous les occidentaux qui désapprouvent tout esprit d’indépendance à leur égard. La France tient aussi rigueur à ATT qui a refusé de signer l’accord bilatéral sur la « gestion des flux migratoires », qui ouvre la voie à l’expulsion des maliens immigrés dans l’hexagone. La chute de Amadou Toumani Touré, tout en aggravant la crise politique structurelle du Mali, crée une sorte de statu quo qui ne règle pas fondamentalement les choses et les putschistes n’ont pas acquis toute légitimité requise par un retour à l’ordre constitutionnel et tant que la situation au nord Mali, reste génératrice de conflits.

Sur le plan historique, le nord Mali une région géostratégique du Sahel saharien, reste le fondement de l’économie d’un pays très pauvre qui souffre d’un manque de débouchée maritime et survit uniquement de l’élevage traditionnel. Elle incarne les traditions de résistance et d’irrédentisme par rapport au sud Mali qui a toujours incarné le centre du pouvoir. Cette situation à l’origine d’un conflit latent et porté par la spécificité touarègue résume toute la fragilité des frontières héritées de l’ère coloniale. Sur le plan démographique, la population, en quasi-totalité islamisée, est formée au Nord de Sahéliens, blancs, nomades (maures, Touaregs), et au Sud, des noirs (Bambaras surtout). Au lendemain de l’indépendance, les représentants Maures et Touaregs, étaient foncièrement contre l’intégration de leurs territoires d’origine, dans la région subsaharienne.

La caractéristique du nord Mali, est qu’il est peuplé d’une population Touarègue en quête de son destin, mais aussi d’autres populations (Maures, Songhaï et Peuls) qui ont toutes en commun la précarité d’une région enclavée et complètement délaissée par l’Etat central et sans aucune source de survie que l’activité agricole et pastorale de façon traditionnelle. Cette situation, est à l’origine de nombreuses révoltes dont celle de 1963 qui réprimée de façon sanglante par le pouvoir. Les révoltes des années 1990, ont abouti à l’accord de 1991, de Tamanrasset. La révolte de 2006 est importante et marque un tournant par les accords d’Alger qui entérinent le retrait de l’armée malienne de la région et la mise en place d’unités spéciales, rattachées au commandement de la zone militaire mais formée essentiellement d’éléments des régions nomades. Le point noir de tout cela, est que le développement économique et social, prôné par ces accords n’a pas eu lieu et le nord Mali, est devenu le sanctuaire des groupes armés qui en ont fait la plaque tournante du terrorisme armé et du trafic de tout bord. Le Sahara, avec ses routes transsahariennes est le pays du négoce et de l’univers du trafic des cigarettes, du carburant, de la drogue et même des humains venant de l’Afrique subsaharienne et voulant rejoindre l’Europe. Dans le milieu des années 2000, le Sahel saharien est devenu une voie de passage des narcotrafiquants d’Amérique Latine. Cette mue dans la vocation de la région, va faire du nord Mali, une source d’enrichissement illicite et de corruption des élites maliennes et entretenir toute la logique maffieuse parée souvent de vertu religieuse ou politique, qui s’est institutionnalisée dans la bande du Sahel. Ici, les frontières ne sont pas totalement hermétiques. Il y a vraisemblablement la route d’acheminement de la cocaïne par les cartels colombiens qui traverse le Mali et dont la porte africaine est la Guinée Bissau. Elle sert le marché européen en traversant la Mauritanie et le Maroc. Il y a également, la route du haschisch qui va du Maroc au Moyen Orient, en empruntant le Sahel saharien. Les trafics d’armes, de cigarettes et d’immigration clandestine viennent du Tchad ou de l’Afrique de l’Est. AQMI qui essaie de trouver des passerelles avec la secte de Boko haram du nord du Nigéria, est impliqué dans tous ses réseaux interlopes. Ceci dit, la région du Sahel, représente un enjeu stratégique pour les grandes puissances et l’Union européenne. Le tracé du futur gazoduc transsaharien Nigéria-Algérie passe par le Sahel. Il occupe une place décisive, dans la stratégie de diversification des approvisionnements. Mais l’aide apportée par l’UE aux pays du Sahel est un véritable fiasco. La politique qu’elle y mène manquerait de cohérence, selon Ana Gomes euro députée socialiste portugaise et la députée allemande Sabine Lösing de la gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique « redoute que la création de bases militaires au nord Mali, ne radicalise davantage, les populations touarègues dans leur opposition à Bamako ». En instrumentalisant ses entrées en Mauritanie et au Mali, depuis 2010, la France cherche à reprendre pied dans la région.

La chute de Kadhafi en Libye, va ouvrir la voie à un flot d’armes et de guerriers, qui va remettre sur la scène le MNLA au nord Mali, qui est d’abord considéré par la France comme un pion potentiel au Sahel, contre les groupes terroristes. Cette dernière va vite déchanter et se rendre à l’évidence d’une réalité complexe, qui ne correspond nullement à la grille de lecture de l’ancienne puissance coloniale. Beaucoup d’éléments montrent une tentative de la diplomatie française, de se positionner dans cette perspective. Les attaques conjointes de fin janvier 2012, du MNLA, d’Ansar Eddine et aussi d’AQMI, mettent en évidence la vanité d’une telle illusion. La question touarègue reste cependant au cœur du mouvement armé de l’Azawed. Le MNLA, va subir la dynamique de l’hégémonie islamiste et perdre le rapport de force qui était le sien. D’autres mouvements armés voient le jour dans la foulée de ces évènements tragiques. Le FNLA, qui regroupe les Maures et les Arabes qui refusent l’indépendance des Touaregs, le mouvement des patriotes pour la libération de Tombouctou (MPRLT), qui est le porte flambeau des Songhaï et le front de libération du nord Mali (FLNM). Ces organisations sont souvent l’expression d’aspirations tribales. Elles sont toutes confrontées à une résurgence de l’Islam qui se réfracte sur une réalité sociale en crise profonde, doublée d’une crise alimentaire et dans un pays à majorité écrasante de confession musulmane.

Le coup d’état du 22 mars 2012, qui a provoqué la chute du président d’Amadou Toumani Touré et l’occupation du nord Mali par les forces islamistes et les Touaregs de l’Azawad(MNLA), a entraîné le Mali dans la crise la plus grave de son histoire.

L’intervention jumelée de la France et de la CEDEAO, est une manière de remettre sur le tapis les enjeux de la Françafrique et de pérenniser les intérêts néocoloniaux de la France. Un grand absent qui aurait dû jouer un rôle clé dans la dynamique qui s’enclenche au Sahel, c’est le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), instrument de coordination militaire des pays du Sahel et dont l’Algérie est membre et qui est l’outil opérationnel pour empêcher toute immixtion étrangère à l’Afrique.

Février 2013.

benyassari

Sources :

  1. Correspondance de presse internationale. N° 583/584. Mai, juin, juillet 2012.
  2. Presse nationale : El khabar, El Watan, le Quotidien d’Oran.
  3. Afrique Asie novembre 2010.
  4. Les autres voix de la planète. Forum social africain. N° 41/2009
  5. Jeune Afrique. L’Intelligent n° 2177 / 2002.
  6. Le nouvel Observateur du 13 au 19 septembre 2012 et du 25 au 31 octobre 2012.
  7. L’Atlas du Monde diplomatique 2012.

2e partie. LE MALI : BOURBIER OU PIEGE A FERMETURE ECLAIR.

LE MALI : BOURBIER OU PIEGE A FERMETURE ECLAIR ?…

Pour l’Afrique aujourd’hui et particulièrement pour les pays de l’Afrique de l’ouest, nous assistons à un véritable processus de recolonisation. Le maintien de régimes suppôts, contre les intérêts des populations africaines et les rivalités inter-impérialistes sont à l’origine des situations de conflits en République Démocratique du Congo, au Soudan, en Somalie, au Tchad, en Côte d’Ivoire, en Sierra Léone, au Libéria, en Guinée, en Bissau, au Niger, au Sénégal, etc. C’est clair, l’OTAN et la France ont fait du Sahel, une véritable poudrière et par leur intervention en Libye, c’est toute la région qui est déstabilisée. En faisant exploser le verrou libyen, la France a multiplié le risque de balkanisation du Sahel, qui est de ce point de vue, devenu certain. D’autre part, la fuite en avant par rapport à la question touareg qui est une question centrale dans plusieurs pays de la région. et que la France et l’Occident cherchent à instrumentaliser, a permis qu’il y ait un mélange de l’irrédentisme touareg, avec le terrorisme dit islamiste. Le retour de milliers de combattants de Libye, pour la plupart Touaregs, est accompagné de trafics de toutes sortes (armes, cocaïne et cigarettes) et entretien une guerre larvée dans les pays frontaliers (sud algérien, nord du Mali, nord du Niger et une partie de la Mauritanie). Dans le cadre du MNLA, les touaregs renouant avec les rébellions historiques successives (1963,1990 ou 2006), réclament l’indépendance des trois régions du nord, Tombouctou, Gao et Kidal, soit 800 000 km² et 65 % du territoire malien. Cette situation est dans l’ordre des choses. Elle est la conséquence des politiques impérialistes dont tous les pays africains sont victimes depuis leur accession à l’indépendance. L’instabilité chronique des pays de l’Afrique de l’ouest et donc, celle du Mali, s’inscrit en droite ligne dans cette logique.

Dès les années 1980, avec les programmes d’ajustements structurels à forte inspiration néo libérale, les coupes sombres dans les plans scolaires, la mise à bas de la politique de santé publique, la France a eu une part de responsabilité directe dans l’effondrement de l’Etat malien. Sur le plan macro économique, la privatisation de la filière du coton initiée sous la férule de la Banque mondiale, a entraîné la faillite de celle-ci et par la même aggravé l’exode rural et la ruée vers l’émigration. La Banque mondiale, toujours elle, s’accapare comme ailleurs en Afrique noire de grandes superficies agricoles qu’elle octroie à des entreprises étrangères qui substituent à l’agriculture vivrière, des spéculations destinées à l’exportation. C’est sur cette politique foncière extravertie, que se greffe le fléau de la famine comme en Ethiopie ou au Burkina Faso. Sur le plan économique, les pays du Sahel subissent depuis plus de vingt ans les politiques néolibérales d’ajustement structurel. L’économie exsangue, perpétue le cycle infernal de la dépendance. Déjà en septembre 2002, un rapport de la CNUCED a jugé très sévèrement les opérations menées de puis vingt ans par le FMI et la Banque Mondiale en Afrique subsaharienne. Pour ce rapport, la pauvreté a augmenté, la croissance a été erratique, le monde rural s’est paupérisé, l’industrie laminée et la réduction de la dette presque nulle. C’est cette politique aberrante qui a frayé la voie à la dynamique d’adhésion des populations, aux groupes terroristes. Mus par des visées néo coloniales et les assauts des djihadistes aux accointances multiples, l’OTAN et la France ont enclenché au Sahel une logique implacable et l’activisme français a déjà montré de quoi il était capable en Libye. La France, a déployé des soldats pour une intervention terrestre, sans mandat du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui n’avait autorisé en décembre 2012, que le déploiement d’un contingent africain. Le contexte dans lequel intervient l’opération Serval, engagée par la France au Mali, est marqué par une certaine confusion de la scène politique malienne accentuée après le coup d’état du 12 mars 2012, par la solution de transition mise en place par la CEDEAO en collaboration avec Paris (un triumvirat). D’autre part, on note un certain attentisme de la part de la diplomatie algérienne, l’Algérie et les pays de l’Afrique de l’Ouest tablant sur une certaine usure des groupes armés pour jouer la carte de la négociation.

Par son intervention en Libye, la France a libéré des forces contradictoires, impétueuses et incontrôlables qui commencent à déferler sur toute la région et notamment sur le Sahel. Les enjeux sont importants pour l’ancienne puissance coloniale. D’abord, elle a des intérêts économiques à protéger dans la région et elle ne souhaite pas que le conflit malien s’étende au Niger. Selon Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire, l’entrée en guerre de Paris « vise à sécuriser l’approvisionnement des centrales françaises en uranium ». L’uranium est extrait dans les mines du nord du Niger, zone désertique située à un jet de pierre du Mali. Le journaliste du site Atlantico, Floren Detroy spécialiste des matières premières, est du même avis. Il estime que « l’arrêt des mines au Niger, serait catastrophique pour le groupe Areva et pour les français » et que le risque d’un « choc uranium », suite à une internationalisation du conflit actuel au Mali, n’est pas à écarter. D’ici 2020, le groupe français Areva qui exploite deux mines, celle d’Arlit et d’Akokan, dirigera la première mine d’uranium d’Afrique. Le Niger sera propulsé au second rang des pays producteurs d’uranium. Celui-ci, représente 30 % des exportations du pays soit 140 millions de dollars/an. Les français d’Areva numéro un mondial de l’uranium, se sucrent en exploitant l’uranium à 25 % du cours mondial et les touaregs du Niger bénéficient des prébendes de la radioactivité dont ils sont atteints et qui contamine toute la région. Quels sont les autres intérêts de la France dans la région? Au Niger, la France n’exploite pas le pétrole. La Chine a pris les devants dans la région d’Agadem où les prospections sont prometteuses, avec des perspectives d’exportation, sur le long terme. Au Mali, il y a un autre secteur stratégique où la France est aussi engagée avec la compagnie Total, c’est celui des hydrocarbures. Elle n’est pas seule en course, dans le bassin de Taoudéni, oasis à cheval entre le Mali et la Mauritanie. Il y a la Chine qui assure une présence rampante mais redoutée, il y a Sonatrach Algérie, il y a aussi le Canada et l’Angola. En 2011, le Niger en association avec la Chine, est devenu pays producteur de pétrole. La démarche de la Chine avec l’Afrique, est scrupuleusement analysée. La France et ses alliés traditionnels, n’apprécient pas de gaieté de cœur la percée économique de la Chine en Afrique et nombre d’observateurs de la scène politique africaine, considèrent que la guerre menée au Mali, est une guerre énergétique. De même, le contrôle des richesses minières et la main mise de la nébuleuse bancaire spéculative, est bien au contraire un objectif occulte des guerres, pour mettre le continent noir en coupe réglée et parachever les objectifs du colonialisme nouvelle version. La guerre au Mali, va encore affaiblir et fragiliser tous les pays du Sahel et les sociétés civiles en gestation, comme l’a fait l’intervention en Côte d’Ivoire. Elle n’a fait que cristalliser les logiques tribales et régionales dans ce pays. Nombre d’observateurs, ont su relever combien derrière cette mécanique rampante qui confine à l’ethnicisation et au communautarisme, se cache la volonté délibérée de balkaniser les pays du Sahel, pour s’emparer des richesses locales. La référence pédagogique qui illustre cela, c’est la dynamique qui a servi à démanteler l’Etat national en Irak et celle en cours en Libye. A cet effet, A. L. Robert, dans une livraison du Monde Diplomatique, du mois de décembre 2012, dans « Que reste-il des frontières africaines ? », parle de diffusion transnationale de l’instabilité, en Afrique et de contexte d’états africains affaiblis, voire en cours d’effondrement. De ce point de vue, l’éclatement de la Libye en trois ensembles (berbère à Tripoli, islamique à Benghazi et entité Toubou, dans le Fezzan), est un exemple à méditer.

L’interventionnisme français au Mali, dans le cadre de l’opération Serval et contrairement à ce qui s’est passé en Libye, ne se pare pas du « faire valoir démocratique ». Il se trouve aussi que dans cette expédition périlleuse, la France est seule et ses alliés traditionnels se tiennent à distance parce que les risques d’enlisement ne sont pas exclus. Faut-il croire l’opinion qui soutient que « la France s’est engagée au Mali, dans une offensive, contre l’islamisme radical ? » C’est alors qu’une autre question tombe sous le sens : pourquoi la France soutient-elle les djihadistes en Libye et en Syrie et pourquoi les combat-elle, au Mali ?…

L’absence d’alliés engagés aux côtés de l’armée française, rend pressant et péremptoire, le besoin de faire appel à l’Algérie, voisin important du Mali. Et pourtant, rappelons-nous que lors de sa visite en Algérie, le président français, dans sa conférence de presse à Tlemcen, était plutôt partisan d’une solution dans le cadre de l’ONU. Il évoqué, avec moult gesticulations la sagesse et l’expérience du président algérien, dans la crise malienne. Que s’est passé ensuite ?…Les évènements se précipitent pour corroborer les enjeux que nous avons esquissés plus haut. Les intérêts économiques et géostratégiques de la France, passent avant la politique politicienne. Cette dernière a sabordé la cohérence de la démarche algérienne, dans le dossier malien. L’impérialisme français, quoiqu’on en dise demeure un cancre de l’histoire contemporaine. Sitôt sorti du bourbier afghan, il cherche par des manœuvres dilatoires et mu par des réflexes archaïques d’ancienne puissance coloniale, à créer les conditions d’un véritable enlisement au Sahel. Dans sa logique, il intègre ses relais locaux dans les pays du Sahel, dans le cadre de la CEDEAO. Il veut faire de l’Algérie, un pion de sa politique « re-coloniale », d’où cette tentative de porter atteinte à sa souveraineté nationale, à sa stabilité régionale et à son intégrité territoriale. Les visées hégémoniques qui se manifestent au Sahel, drapés des oripeaux de la religion, les « djihadistes aux accointances multiples » (S. Hadjrès) ou de l’archaïsme colonial, présentent une menace certaine pour l’Algérie, par la position centrale qu’elle occupe entre l’Afrique Sahélienne, le Maghreb et l’Europe. Ces visées sont le sous produit d’enjeux géopolitiques et servent de catharsis en période de crise profonde du capitalisme. L’histoire de la France moderne, est jalonnée de poussées de « fièvres coloniales », caractéristiques des ruptures du consensus national. Cette « culture coloniale », toujours en œuvre dans la pratique de l’ex puissance occupante, alimente ses relais locaux au sein des pouvoirs autochtones, dans toute l’Afrique (Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Tchad, Mali etc.). Le temps de la Françafrique n’est pas révolu quoiqu’en dise le président français.

Contrairement aux allégations officielles françaises et au risque de jouer les mauvais devins, le conflit malien va s’installer dans la durée. Une guerre de guérilla, va entraîner dans son sillage toute la région. Comme en Somalie et en Afghanistan, la France sortira drôlement éprouvée de son aventure malienne. Ce qui laissera la porte ouverte à une « afghanisation » du conflit et par conséquent à son élargissement à l’OTAN ou à d’autres forces occidentales. Pourvu que l’Algérie, ne devienne pas le Pakistan du Sahel…

Mars 2013.

Benyassari

Sources :

  1. Atlas du Monde Diplomatique 2012.
  2. Jeune Afrique/L’Intelligent n°2177
  3. Sadek Hadjrès : Socialgérie.
  4. Le site : Le Monde.fr 28 janvier 2013.
  5. Presse nationale : El Khabar, El Watan, le Quotidien d’Oran.
  6. Afrique Asie novembre 2010.
  7. Les autres voix de la planète. Forum social africain n°41 /2009.
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