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Le Parti des Travailleurs du Brésil et les manifestations en cours

by sur 3 juillet 2013

28/06/2013

BRESIL : Trois questions pour comprendre les mobilisations sans précédent depuis quinze jours

Article paru dans Information ouvrières (France) semaine du 27 juin au 3 juillet (n° 257).

1. Depuis plus de deux semaines, les manifestations se succèdent, et ni le recul des autorités sur l’augmentation des tarifs des transports publics, ni les derniers engagements de la présidente de la République, Dilma Rousseff, ne sont parvenus à les interrompre. Pourquoi ?

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C’est une situation nouvelle qui s’est ouverte au Brésil, partant d’une mobilisation de la jeunesse contre l’augmentation des tarifs des transports. Après dix ans de gouvernement par le Parti des travailleurs (PT), qui s’est adapté aux institutions dont il a hérité, ce mouvement a catalysé un mécontentement populaire latent contre la situation des services publics d’éducation, de santé et de transport.

Les conquêtes arrachées par les masses populaires durant toute cette période ne peuvent servir à cacher la réalité : l’état des transports publics, des écoles et de tout l’enseignement, des services de santé, l’absence de réforme agraire, la poursuite des privatisations…

Dans ce contexte, les dépenses somptuaires d’argent public pour les travaux liés à la Coupe du monde de football sont apparues comme une insulte.

D’un autre côté, le refus de la direction du PT de défendre le parti contre les attaques du Tribunal suprême fédéral (STF) dans le cadre de l’action pénale 470 (1) dans l’affaire dite du « mensalão », a facilité la manipulation médiatique contre le PT, les syndicats. Cela a alimenté un sentiment antiparti, ce qui a conduit à ce que les organisations représentatives, telle l’Union nationale des étudiants et la Centrale unique des travailleurs (CUT), se soient mises à l’écart, tout comme le PT en tant que parti. Et des « directions » autoproclamées, sans mandat ni contrôle de la base, comme le Mouvement du « Passe livre » (« passe de transport gratuit », MPL) (2) et d’autres groupes, ont fait l‘apologie de « l’apartidisme ».

Une chasse aux partis a ainsi été orchestrée de l’intérieur de l’appareil d’Etat, soutenue par les médias, et des mots d’ordre ont été introduits dans les mobilisations, comme par exemple : « Non à la PEC 37 » (3).

Malgré ces manipulations, la force du mouvement de masse a conquis, en deux semaines, l’annulation des augmentations de tarifs des transports dans des dizaines de villes et d’Etats. Une importante victoire partielle, sur la voie de la lutte pour le « Passe libre étudiant » et pour des transports publics de qualité, que seule la nationalisation peut garantir de façon durable.

2. Qu’est-ce qui explique l’irruption de la droite dans cette situation, et quel jeu joue-t-elle ? 

Dans le cours de mobilisations entraînant aujourd’hui des centaines de milliers de personnes et plus seulement des jeunes, les forces de droite et d’extrême droite, les « Anonymous », etc., sont apparus de façon synchronisée dans les manifestations, en lien avec des secteurs de la petite-bourgeoisie, attaquant les organisations des travailleurs et provoquant des incidents. Qu’est-ce qui explique cette irruption, si ce n’est la réaction de ceux dont les intérêts politiques et financiers sont contrariés par le recul sur l’augmentation des tarifs qui a été imposé par la mobilisation ?

« Que cherchent ceux qui, au Brésil, menacent du chaos, sinon provoquer un sentiment “d’ordre” dans le respect des institutions ? Alors qu’à l’inverse, ce dont il s’agit, c’est d’avancer dans la réforme profonde de l’Etat pour répondre aux exigences des centaines de milliers qui manifestent depuis quinze jours », explique le courant O Trabalho du PT dans une déclaration datée du 21 juin, dont on lira page 2 la conclusion.

3. A la télévision, la présidente de la République, Dilma Rousseff, a déclaré : « Il y a beaucoup de choses que le Brésil n’a pas encore réussi à faire à cause des obstacles politiques et économiques », et qu’elle avait « entendu la voix de la rue ». Mais pour cela, selon elle, « les institutions et les gouvernements doivent changer ». Cela peut-il répondre aux exigences de ces centaines de milliers qui manifestent encore aujourd’hui ?

Dilma Rousseff déclare qu’elle a « entendu la rue ». Elle invite les « gouverneurs et les maires en vue d’un grand pacte autour de l’amélioration des services publics », et annonce également qu’elle va « recevoir les leaders des manifestations pacifiques, les représentants des organisations de jeunes, des organisations syndicales, des mouvements de travailleurs, des associations populaires. »

Fort bien, mais dans l’immédiat, que propose-t-elle ? Elle dit par exemple que « tous les royalties du pétrole doivent être exclusivement dépensés pour l’éducation. » Mais pourquoi ne pas en finir avec les mises aux enchères du pétrole au profit des entreprises privées et étrangères, et remettre tout le pétrole à une entreprise Petrobras à 100 % publique ? Pourquoi ne pas attribuer toutes les ressources du pétrole à l’éducation et au transport ?

Ne serait-ce pas par hasard « à cause des obstacles politiques et économiques », c’est-à-dire à cause des « institutions » ? La présidente elle-même conclut que « ce sont les citoyens, et non le pouvoir économique, qui doivent être entendus d’abord » et elle souhaite une « large et profonde réforme politique ». (4)

Que lui répond la rue, inlassablement, depuis quinze jours ? Elle lui répond, on ne peut plus clairement : « Oui, il faut une profonde réforme de l’Etat pour ouvrir la voie à la réalisation des aspirations populaires de justice sociale et de souveraineté nationale ».

Et qu’est-ce qui peut répondre à cette exigence, sinon une Assemblée constituante souveraine, avec des députés librement élus, composée d’une seule Chambre élue à la proportionnelle ? Par des élections où chaque électeur vaut une voix — alors qu’aujourd’hui, par exemple, un électeur de l’Etat de Rondonia en vaut onze de Sao Paulo — avec vote par liste, et financement exclusivement public ?

Correspondants

(1) Procès au terme duquel, sous la pression des médias pro-impérialistes, le Tribunal suprême fédéral (STF) a condamné des dirigeants du Parti des travailleurs accusés, sans preuve, de corruption (l’affaire dite du « mensalão »).
(2) « Passe livre » : carte de libre circulation gratuite pour les lycéens, les collégiens et les étudiants.
(3) Mot d’ordre qui revient à réclamer l’attribution sans contrôle, à l’aristocratie judiciaire des procureurs, des pouvoirs de police non prévus par la Constitution brésilienne
(4) Depuis, la présidente, Dilma Rousseff, a proposé « un référendum pour une réforme politique ». Nous y reviendrons ultérieurement 

 

Déclaration du courant O Trabalho du Parti des travailleurs, section brésilienne  de la IVe Internationale (extraits)

« Dans la situation actuelle le Parti des Travailleurs et la CUT (Centrale unique des travailleurs — NDLR) ont une  responsabilité immédiate que souligne notre déclaration. Il faut d’abord prendre l’initiative de défendre les droits démocratiques de manifestation et faire cesser les attaques contre le PT et les partis, la CUT et d’autres organisations des travailleurs et du peuple.

Il faut convoquer une assemblée d’urgence, réunissant toutes les organisations des travailleurs et du peuple, pour adopter une plate-forme populaire de revendications et un plan d’action, selon les méthodes de la démocratie du mouvement des travailleurs, pour exiger du gouvernement Dilma Rousseff qu’il y réponde positivement.

Dans tout le pays, dans chaque ville, catégorie ou secteur populaire, il faut ouvrir la discussion sur cette question.

Il est temps de reprendre fermement la mobilisation du peuple travailleur et de la jeunesse pour les légitimes revendications :

  • Réduction des tarifs des transports et “Passe libre étudiant” ! Aucune diminution des dépenses sociales des Etats et des municipalités !
  • Fin du « superavit » (excédent fiscal primaire) qui paie la dette et ruine les municipalités, les Etats et l’Union !
  • Investir massivement dans les services publics de santé, d’éducation et de transport !
  • Démilitarisation des polices militaires (PM) !
  • Assez de concessions au “marché”, avec les enchères sur le pétrole, les exonérations fiscales et les privatisations !
  • Non aux exigences du capital international de l’agro-négoce, réforme agraire !

C’est l’heure d’une autre politique ! Attention, toutes les  conquêtes de ces trente dernières années, nouvelles et anciennes, tout est en jeu ! Il faut serrer les rangs ! »

 

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