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EGYPTE : RIDEAU, ACTE II : UN SCENARIO LATINO-AMERICAIN.

by sur 23 juillet 2013

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EGYPTE : RIDEAU, ACTE II : UN SCENARIO LATINO-AMERICAIN.

 

Il y a lieu de rappeler les caractéristiques de ce que l’on appelle communément « le printemps arabe » en ce sens que souvent il y a eu confusion entre l’essence populaire du mouvement et par la suite son instrumentalisation par les forces sociales conservatrices, au niveau local que cela soit en Tunisie, en Egypte, en Jordanie ou au Maroc, et par l’hégémonisme occidental et particulièrement états-unien. Il faut retenir que le dévoiement du mouvement, suite à la trahison des forces politiques et sociales, liées au système mondialisé sous la férule des Etats-Unis, a vu l’émergence des figures de proue du libéralisme local. Tout cela, ne correspond pas à la réalité première du mouvement.

Pour les observateurs avertis, de la scène politique de la région arabe, les « printemps » des peuples arabes, correspondent à un moment important de l’éveil des peuples du Sud. Ils prolongent la vague de radicalisation qui affecte depuis deux décennies, les pays d’Amérique latine. Ces pays qui ont toujours constitué la chasse gardée de l’Oncle Sam et qui ont tant fait l’expérience, souvent dans leur propre chair, de coups d’états pareils à celui de l’Egypte aujourd’hui. L’armée égyptienne, étant réduite à une caste autonome qui rappelle pour beaucoup ses homologues sud-américaine. Pour Samir Amin, ces printemps coïncident donc avec « l’automne du capitalisme », la crise profonde dont il est l’objet. Cette vague se caractérise notamment, par des explosions et des révoltes populaires contre les « dictatures » locales, nées dans le sillage du déploiement néolibéral et par un début de remise en cause du système capitaliste mondialisé. Cette vague d’éveil populaire, fait suite à celle du siècle dernier qui a concerné le mouvement anticolonial, précurseur des indépendances nationales et de la dynamique de transformation sociale qui a suivi. Pour être opératoire, le vocable de « printemps arabe », doit être expurgé de ses connotations identitaires, religieuses, voire sectaires pour être situé dans une perspective politique, sociale et économique. Ces connotations  «  escamotent ce qu’il y a de proprement politique dans les conflits que vivent le Maghreb et le Proche-Orient », dirait F. Burgat.

A l’origine de la lame de fond du printemps égyptien, c’est d’abord une vague de grèves sans précédents en 2007 et sans pareil sur tout le continent africain depuis 50 ans, la résistance des petits paysans contre le capitalisme agraire, la multiplication de réseaux démocratiques, à travers les cercles Kefaya, dans les classes moyennes. Ces traits dominants, s’ils marquent de leur sceau le mouvement de ras-le-bol en Egypte, indiquent pour les observateurs avertis que le mouvement des luttes d’émancipation des peuples à l’égard de l’hégémonisme américain, est entré dans une phase de flux nouvelle. Pour Samir Amin, la « révolution égyptienne », en cours illustre la possibilité de la fin du système « néolibéral », remis en cause dans toutes ses dimensions politiques, économiques et sociales.

Ce qui est essentiel dans ce qui se déroule en Egypte depuis le 30 juin 2013, c’est que si dans la forme, il s’agit d’un coup d’Etat contre le pouvoir de Morsi et des frères musulmans, dans le fond il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat contre une expérience démocratique dans son ensemble. Pour ce faire, les forces armées égyptiennes ont eu besoin de légitimer leur acte contre nature, par un habillage populaire préfabriqué dans le cadre de la mobilisation « Place Tahrir 2 » et à travers le mouvement Tamarrod. La question qui vient d’emblée à l’esprit : qu’est devenu ce mouvement de grande ampleur depuis ?… Les armées latinos américaines, sont friandes de ces scénarios et l’on se rappelle la mobilisation des ménagères bourgeoises au Chili, avec leurs casseroles, pour faire tomber Salvador Allende et la mobilisation des classes moyennes pour le soutien des coups d’Etats en Amérique latine. Mais dans le cas du «  printemps arabe », l’exemple de la Tunisie et de l’Egypte, est de ce point de vue édifiant à plus d’un titre, les positions stratégiques de l’impérialisme américain, de l’impérialisme français et de l’occident en général, ont été notoirement affectées. Les conséquences ultimes, de la chute du mur de Berlin, n’ont pas été totalement assimilées de ce point de vue. Le caractère renouvelé et ambivalent des classes populaires enclines à se parer du manteau du passéisme et de la revendication identitaire, pour affronter les autocraties serviles, est rétif à la lecture rationaliste occidentale. Le seul recours qui demeure biaisé et comportant beaucoup de limite, c’est l’instrumentalisation de couches sociales complètement sur la marge et évoluant de façon insulaire par rapport à la société autochtone. Ce recours, a fait faillite dans le passé et n’est plus opératoire aujourd’hui. Dans le cas de la crise multiforme actuelle de l’Egypte, l’échec est patent et les protagonistes de ce lamentable scénario sont pratiquement dans l’impasse. Ils ont le choix ultime entre la farce et la tragédie comme dirait Engels. Les signes    avant-coureurs du tragique, sont inscrits dans la comptabilité macabre déjà de plus d’une centaine de morts depuis le 3 juillet 2013. Les enjeux des tenants de l’affairisme et du néolibéralisme mondial, peuvent multiplier à l’infini ce chiffre. Pour les parrains de l’hégémonisme planétaire, éthique et politique ne font pas bon ménage. Tout laisse à penser que l’armée qui a lâché Moubarak, pris en otage la Révolution égyptienne et promis la démocratie, n’en fera rien…       

 

 

 

 

 

Sources :

 

1.     Le Monde arabe, dans la longue durée. Un printemps des peuples ? Samir Amin.

2.     Le Quotidien d’Oran. Dossier : l’Egypte entre chaos et normalisation, 17 juillet 2013

3.     Nouvel Observateur du 17 au 23 février 2011 : l’Egypte en uniforme.

4.     Les quotidiens Al khabar, le Quotidien d’Oran et El Watan.

 

 

 

 

                                                                        BENYASSARI.

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