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DE HUSSEIN DEY A BOUTEFLIKA : coup d’éventail à l’envers ou retour à la case départ

by sur 25 juillet 2013

http://www.algerie-express.com/ae/chronique1/2752-de-hussein-dey-a-bouteflika-coup-d

DE HUSSEIN DEY A BOUTEFLIKA : coup d’éventail à l’envers ou retour à la case

départ

La scène était aussi pathétique que l’acte I de la projection tournée aux
Invalides. Il y avait le dey, regard hagard, mains croisées – on vient
d’apprendre qu’il y aurait, en plus de l’hémiplégie et de l’aphasie, une
maladie de Parkinson -, les petits pachas de l’APN et du Sénat et le garde
chiourme. Les trois étaient assis – forcément le malade était en chaise
roulante – et silencieux.

Mais comme dans toutes les cours, il y avait aussi le bouffon. Lui, par
contre, ramené par hélicoptère de Tizi Ouzou, se devait d’assumer sa
partition. Surjouant, il brassait l’air avec ses bras, insistant tant et
plus avec ses gesticulations qu’il en était comique. C’est qu’il fallait
mettre tout son zèle dans l’acte II pour laisser croire que le revenant
comprend, échange et peut diriger.

Depuis, silence radio. Même la très excentrique Louisa Hanoune, pourtant
groupie devant l’éternel, semble avoir lâché l’affaire pour redécouvrir les
vertus de la séparation du politique et du religieux après avoir adhéré avec
frénésie à l’article 6 du contrat de Rome qui stipulait « la suprématie de
la loi légitime ».

Comme beaucoup de peuples humiliés par des pouvoirs autocratiques, les
Algériens se sont réfugiés dans la dérision. Pour moult raisons, le
feuilleton « Val de Grâce- les Invalides » devrait pourtant nous inciter à
plus de lucidité. La nation ou ce qu’il en reste a pris un bien mauvais
coup. Bien malin celui qui saura dire quel sera le montant de la facture.
Analyse.

A l’évidence, le retour a été improvisé. Quelle est cette puissance qui a
obligé Bouteflika et son clan à écourter un séjour qu’ils entendaient
prolonger? La cacophonie de la communication officielle, les sarcasmes ou
les colères des Algériens qui se voyaient entrainés malgré eux dans un
vaudeville digne d’une république bananière ? Assurément non. On peut tout
reprocher à l’homme d’Oujda sauf de ne pas avoir affiché son mépris. Dès son
installation, il a choisi de ne parler et ne traiter qu’avec l’extérieur.
Aucun entretien dans un journal algérien, aucun message de compassion lors
des catastrophes naturelles ou des attentats qui ont endeuillé le pays
…Hormis l’intervention télévisée ânonnée d’une voix d’outre-tombe en avril
2011 pour promettre des réformes fondamentales, le chef de l’Etat ne s’est
jamais soucié de savoir ce que veut ou pense le citoyen. A l’inverse, rares
sont les dirigeants, pantins compris, de par le monde qui n’ont pas reçu ses
messages de félicitation ou de condoléance à l’occasion d’une fête nationale
ou d’un deuil. Pour ce célibataire endurci, le peuple algérien est une
descendance dont il a héritée mais qu’il n’a pas souhaitée. Arrivé en
troisième ou en quatrième noce, il prend acte de la marmaille qui encombre
la maisonnée mais il ne s’en sent pas responsable et ne saurait être
comptable devant elle.

Qu’est ce qui a alors précipité le retour de celui à qui l’Algérie a
toujours servi de prétexte à jouissance ? Chacun s’en doute un peu. Seule
une intervention étrangère a pu soumettre un homme qui a toujours vécu par
et pour l’extérieur.

La bienveillance, pourtant large, de François Hollande envers le système FLN
ne pouvait tout justifier : l’embargo de la presse française, le
conditionnement du parlement, l’implication du corps médical dans une
communication démente…C’en était trop. Ce sont les militaires français qui,
les premiers, ont sonné le tocsin pour alerter leur tutelle politique quant
aux risques que faisait peser sur leur pays une propagande délirante au
moment où Alger émettait des bulletins de santé dignes d’un marathonien à
propos d’un malade oscillant entre la vie et la mort.

Première conséquence de cette interpellation : la séquence des « Invalides »
où le pouvoir algérien fut obligé de montrer le président.

Les semaines passent, même Sellal, acteur et coproducteur de la comédie,
prenant un peu de recul convient qu’il n’est pas « le médecin du président
». Les officiels se montrent prudents mais les rumeurs reprennent de plus
belle. La convalescence s’éternise, le pays dont tout le pouvoir décisionnel
est concentré entre les mains d’un seul homme est paralysé, empêchant toute
activité politique et diplomatique dans une scène régionale sous haute
tension.

Malaise dans la classe politique française, trouble et début de polémiques
dans les rédactions parisiennes qui se voient tenues de taire une imposture
médicale et d’accompagner une diplomatie délétère. Deuxième semonce. Les
Français laissent entendre qu’ayant fait tout ce qui pouvait l’être en
pareille circonstance, il serait souhaitable de rapatrier le malade. C’est
le coup d’éventail à l’envers. Sauf que les gagnants et les perdants sont
toujours les mêmes. En 1827, le camouflet donné par Hussein Dey au consul
Pierre Deval avait servi d’alibi à l’invasion de l’Algérie en 1830,
aujourd’hui la gifle reçue par Bouteflika achève de dissiper ce qu’il
restait de souveraineté nationale.

Finalement, les autorités françaises ont été plus concernées par les effets
de l’immobilisme de nos institutions que le pouvoir algérien.

Et maintenant ?

Les parrains jouent les prolongations des « Invalides ». Il faut attendre.
Le clan Bouteflika est puissant. En 14 ans, il a infiltré tous les secteurs
de la vie nationale : armée, police, justice, diplomatie, banques, douanes,
économie…Pour les faiseurs de roi, repartir avec un membre de la même tribu
n’est pas sans risques pour la suite des événements. S’y attaquer
frontalement n’est pas chose facile avec une telle emprise sur l’Etat. Il
faut donc composer. Comment des clans rivaux peuvent-ils se sécuriser sur
leur avenir respectif sachant qu’aucun n’a confiance en l’autre ? Comment
éviter de perturber davantage un pouvoir ébranlé par les scandales, les
tensions sociales et un environnement politique condamnant le statu
quo?…La stratégie de la prolifération de la télédélinquance et de la
multiplication de partis croupions devait engendrer un pourrissement de la
vie publique qui empêche tout débat sérieux dans les prochaines échéances.
Mais ce minage, destiné à brouiller l’appel à une alternative démocratique,
ne règle pas la question de la rente. Du coup, l’empêchement n’arrange
personne et les élections anticipées ne doivent pas être envisagées avant
qu’un compromis permettant de parvenir à un accord assurant la survie du
système ne soit trouvé. Il faut que la momie reste sur le trône.

Sur la scène internationale, le régime a également besoin de temps. Les
concessions ou le bradage économiques ne suffisent plus à rassurer des
partenaires qui constatent que la corruption, carburant de la contestation
et moteur de l’islamisme, est une bombe à retardement pour le pays et la
région. Les invitations à la réforme se faisant de plus en plus pressantes,
c’est sur le registre du péril intégriste que le pouvoir s’emploie désormais
à trouver une parade pour désamorcer les pressions extérieures. Les services
spéciaux algériens se lancent dans une campagne de sensibilisation qui veut
convaincre que les changements survenus dans la région et qui ont propulsé
les frères musulmans au pouvoir peuvent être évités en Algérie. Et de donner
en exemple leur savoir-faire qui a permis de domestiquer l’islamisme. A quel
prix ? 200 000 morts et un pays devenu la première et principale source de
contamination régionale ; parce qu’en plus des islamistes présents dans le
pouvoir, le fondamentalisme est au cœur du processus de construction et de
légitimation du système politique algérien. Libérés du chantage à
l’islamisme, les citoyens ne se privent d’ailleurs pas de faire remarquer
que le régime a fait autant sinon plus que ce que les partis islamistes
auraient entrepris : médias publics servant de sites aux bourrages
religieux, programmes scolaires fanatisés, services de sécurité transformés
en police des mœurs…

Ridiculisée à l’extérieur, l’Algérie est transformée en caserne idéologique
et policière à l’intérieur. Face au fracas colonial et après mille et une
épreuves, un pays a miraculeusement pu s’inventer une histoire et un destin
à partir de 1830.

C’est par son appareil militaire, la corruption des féodalités et les
divisions des énergies régionales que la France coloniale est venue à bout
de la résistance algérienne. Il y a comme un gros risque de retour à la case
départ. Il n’y a plus aucune place pour les demi-mesures. L’Algérien est dos
au mur. Il doit se battre ou disparaître.

Rachid Bali

From → Algérie

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