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Grève générale en Tunisie : mobilisation massive contre la terreur islamiste mais appels ambigus à l’ « union nationale »

by sur 28 juillet 2013

    Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Ce vendredi 26 juillet, la Tunisie était paralysée par une grève générale convoquée par l’UGTT, la troisième en deux ans. La colère face à la terreur islamiste, la politique libérale du gouvernement est au plus haut mais les perspectives restent peu claires.

Banques fermées, commerces rideaux baissés, transports et hôpitaux réduits au minimum : la grève générale a été massivement suivie, de Tunis à Gafsa, en passant par Sidi Bouzid, foyer de la révolution de 2011, ville natale du martyr Mohamed Brahmi.

Après Choukri Belaid, Mohamed Brahmi : deux figures éminentes du Front populaire, cette coalition de forces marxistes et nationalistes de gauche, abattus par de fanatiques miliciens salafistes. Deux opposants résolus et visibles, depuis l’Assemblée pour Mohamed, à l’islamisation du pays.

Sous perfusion des pétrodollars qataris, avec la bénédiction des protecteurs français et américains, les islamistes d’Ennahda et les partis libéraux fantoches d’Ettakatol et du CPR de l’ « ami de la France » Moncef Marzouki, ont bien repris la main sur la révolution entamée il y a deux ans.

Islamisation du pays, libéralisme économique, allégeance à l’impérialisme : résistances au « modèle turc »

Ennahda et son dirigeant historique Rachid Ghannouchi, se revendiquent du modèle turc AKP : un conservatisme religieux assurant la paix sociale pour des investisseurs étrangers attirés par une politique favorable au capital et l’alignement sur les desiderata des puissances impérialistes.

Premier volet, l’islamisation du pays. Institutionnelle avec le contrôle croissant des islamistes sur l’appareil d’État, la remise en cause de l’indépendance de la justice, de la police, des universités, une ré-écriture de la constitution effaçant l’égalité homme-femmes, instaurant l’Islam comme religion d’État et la Charia comme source du droit.

Mais aussi dans la rue, avec le maillage du pays par les organisations de « charité » islamiques, le noyautage des mosquées et la complaisance avec les milices salafistes qui sèment la terreur, ciblant spectacles, débits de boissons et surtout opposants politiques.

Deuxième volet, la poursuite et l’intensification d’une politique économique ultra-libérale, dans les intérêts du capital international, contre ceux du peuple tunisien.

Lors de son raz-de-marée en novembre 2011, les dirigeants d’Ennahda, tel Abdelhamid Jhassi, annonçaient la couleur : « Nous voulons rassurer nos partenaires : nous espérons très rapidement revenir à la stabilité et à des conditions favorables à l’investissement ».

La visite récente d’Erdogan en Turquie, se précipitant pour rencontrer le patronat tunisien, fut l’occasion pour le dirigeant turc de rappeler les fondements de son modèle : « Il faut privatiser, c’est la clé de notre réussite », affirma-t-il aux représentants de l’UTICA.

Les contradictions du parti islamiste subsistent entre ses bases populaires, attirées par la phraséologie religieuse et conservatrice, et sa direction, elle, acquise aux thèses économiques libérales.

En effet, le gouvernement essaie de relancer une politique de privatisations des secteurs-clés de l’économie : transport aérien (Tunisair), banques (STB, BNA, BH), électricité et gaz (STEG), l’eau (SONEDE) voir même les ports, comme à Radès.

Difficile à faire avaler au peuple tunisien qui, après deux décennies de privatisations, a vu la dette s’envoler (130% du PIB), le chômage exploser, et le pays passer de plus en plus sous la tutelle du capital étranger : deux-tiers des entreprises rachetées l’ont été par des monopoles européens.

Aujourd’hui, le pays est dépendant des investisseurs européens ou américains, délocalisant leurs entreprises vers des zones « off-shore », défiscalisées, qui réalisent les 2/3 des exportations du pays.

Et le gouvernement prévoit encore une nouvelle baisse de l’impôt sur les sociétés dans le pays, selon les mots d’Elyes Fakhfakh, ministre des Finances, lors de la dernière rencontre entre le MEDEF et l’UCTA, le patronat tunisien, début juillet.

Il convient de rappeler que la France est le premier investisseur, premier fournisseur et client de la Tunisie, avec 1 300 entreprises et 100 000 emplois directs et indirectes. Les entreprises françaises sont présentes dans le textile, l’aéronautique, l’électronique ou encore l’agro-alimentaire.

Le MEDEF pousse à de nouvelles « réformes structurelles » et à la libéralisation du marché, encourageant la transformation d’une partie de la dette française en projets d’investissement, récemment avancée par le président Hollande lors de sa visite à Tunis.

La complaisance envers le capital français se manifeste par la hausse spectaculaire des investissements français en 2012 ( + 80%) ainsi que par les derniers PPP (Parternariats public-privé) conclus, on peut penser au cas du Pôle de compétitivité de Sousse.

Mais les « réformes structurelles » ne s’arrêtent pas là. C’est aussi la casse de l’ensemble de la fonction publique, avec baisse des salaires et licenciements. Et surtout la remise en cause des subventions publiques sur les biens de nécessité, d’abord le carburant.

Ces « réformes structurelles » – privatisation, casse de la fonction publique, remise en cause des subventions mais aussi renflouement des banques – sont la condition du prêt négocié avec le FMI en ce moment même, un paquet de 2 milliards de $ aux conséquences explosives.

Car le troisième volet, c’est l’allégeance à l’impérialisme américain et européen.Elle prend la forme d’une recherche zélée de l’approbation du FMI, de la Banque mondiale, des investisseurs français, mais aussi des financements venant des pétro-monarchies dictatoriales du Golfe.

Le Qatar a financé le parti Ennahda pour assurer son triomphe. En échange, le Qatar s’assure une participation dans des secteurs-clés (télécoms, banques), des projets gigantesques d’investissements notamment dans le tourisme, ainsi qu’une main basse sur les ressources du pays, visant aux contrôles de raffineries et des mines de phosphate.

Ce pacte n’a pas que des incidences économiques. Politiquement, la Tunisie s’est impliquée, certes prudemment, dans les dernières aventures impérialistes.

Ainsi, Ennahda apporte « son soutien moral et politiques » aux djihadistes en Syrie, tout en souhaitant que la participation massive des milices salafistes tunisiennes, couvertes par le régime, soit la moins visible possible.

On se rappelle que la « Conférence des amis de la Syrie », opposition officielle soutenue par les dictatures du Golfe, s’était réunie pour la première fois à Tunis, en février 2012.

Que se cache-t-il derrière le mot d’ordre de « gouvernement d’union nationale » ?

La grève générale massivement suivie de l’UGTT suscite bien des espoirs, par l’ampleur de la mobilisation populaire, le niveau de la colère et des attentes de ceux qui furent les acteurs de la révolution de 2011, confisquée par la classe dominante tunisienne et l’impérialisme.

Toutefois, l’UGTT ne s’inscrit pas dans une perspective de rupture avec le gouvernement dominé par les islamistes. Elle s’inscrit plutôt dans une démarche de « dialogue social », si ce n’est de « collaboration » avec le patronat tunisien.

Ainsi, pour le secrétaire-général adjoint de l’UGTT, le mouvement du 26 juillet était « une grève politique décidée en accord avec l’organisation patronale ».

Pour sortir de la crise, l’UGTT avait lancé le « dialogue national », et la proposition d’un gouvernement d’union nationale autour de technocrates, en concertation avec les principales forces politiques du pays et le patronat tunisien, l’UTICA.

Sur le plan politique, le Parti des travailleurs tunisiens, membre du Front populaire, porte une revendication différente : d’abord désobéissance civile, exigence de la démission du gouvernement puis formation d’un nouveau gouvernement de transition.

Or, la dynamique proposée par le Front populaire débouche sur une perspective analogue, celle d’un « gouvernement d’unité nationale » ou d’un « Front de salut national ».

Un gouvernement, un front qui n’ont certainement pas le même contenu que celui proposé par l’UGTT. Toutefois, il serait lui aussi un gouvernement composé de technocrates, et ces appels ont déjà rallié des modérés, dont l’Union pour la Tunisie (UPT) de Nidaa Tounes.

Coalition de forces de « centre-gauche », armé d’un programme laic et libéral-démocratique, l’UPT s’est rapproché du Front populaire, laissant planer l’hypothèse d’une coalition électorale re-centrée. Dans le même temps, l’UPT se lançait aussi dans un appel à un « gouvernement de salut national ».

En Egypte, la pression populaire massive a contraint l’armée, sous pression américaine et pour préserver l’unité d’une classe bourgeoise égyptienne divisée et impuissante politiquement, à intervenir pour déposer les islamistes en vue d’un gouvernement transitoire d’ « union nationale ».

En Tunisie, la configuration n’est pas la même, pour des raisons historiques et politiques. Une intervention de l’armée, sans être exclue, est guère probable dans les mêmes termes. Toutefois, l’avenir de la « troïka » (Ennahda, Ettakatol, CPR) semble précaire.

Toutes les hypothèses sont ouvertes, de la précipitation d’élections législatives dès la fin 2013 jusqu’à l’hypothèse d’un « gouvernement d’union nationale », aux contours guère définis, chargé de garantir une stabilité au pays ainsi que l’adoption de réformes structurelles explosives.

En Tunisie, comme en Egypte, deux ans après le début d’une révolution confisquée, seule la lutte populaire pour la poursuite de la révolution, ainsi que la construction d’une organisation révolutionnaire conséquente, peuvent conduire à une réelle alternative au consensus capitaliste dominant, porté par les « islamistes » comme par les « laïcs ».

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