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Abed Charef : le gouvernement s’inquiète du pillage des devises

by sur 5 août 2013

   In le Maghreb Emergent

   .  Abed Charef

  • lundi 5 août 2013 07:23

Le gouvernement algérien s’inquiète du pillage des devises

Capitaux fuite173 milliards de dollars de transferts illicites entre 1980 et 2009 (dr)

Durant les cinq premiers mois de 2013, l’Algérie a dépensé plus de devises qu’elle n’en a gagnées. Le gouvernement s’inquiète, et prône de nouvelles mesures pour faire face, sans s’attaquer aux problèmes de fond.

Le gouvernement algérien a lancé une nouvelle offensive contre le transfert massif de devises vers l’étranger. Le premier ministre Abdelmalek Sellal a envoyé une note en ce sens au ministre des finances, lui demandant de prendre les mesures nécessaires, avec le concours de différentes administrations, dont celle des douanes, pour lutter contre ce phénomène, qui a atteint une ampleur inégalée. Mais le premier ministre, après avoir longtemps ignoré le phénomène, a décidé de le prendre par le mauvais bout, en s’attaquant à une conséquence de la mauvaise gestion, alors qu’il était attendu sur un autre terrain, celui du changement des règles de gestion de l’économie algérienne.

Son initiative a d’ailleurs soulevé une série de critiques. L’économiste Abderrahmane Mebtoul a ainsi souligné que «ce n’est pas au ministre des Finances qu’il fallait envoyer cette directive, car la gestion des transferts et du contrôle des changes dépend de la Banque d’Algérie». Selon un rapport de la banque Africaine de développement, cité par M. Mebtoul, le transfert illicite de devises a atteint 173 milliards de dollars entre 1980 et 2009, soit une moyenne de 5.75 milliards par an. Le phénomène s’est considérablement amplifié durant la dernière décennie, avec l’explosion des importations et des contrats, ce qui a donné lieu à une série de scandales.

 Pillage sous plusieurs formes

 L’argent exporté est destiné à payer les importations de biens et services (près de 70 milliards de dollars en 2012), mais il recouvre aussi des gaspillages énormes, des transferts déguisés, du vol, des pots-de-vin et toutes sortes de combines qui permettent à des opérateurs de piller impunément le pays. Cela va du contrat surévalué à l’acte de corruption avéré. Ainsi, l’entreprise Sonelgaz a acheté des centrales électriques de même puissance, l’une pour moins d’un milliard de dollars, la seconde pour plus de deux milliards. L’autoroute est-ouest a coûté 12 millions de dollars le kilomètre, probablement le double de son coût réel, avant que le contrat en soit encore révisé à la hausse par une série d’avenants. Des compagnies de renommée mondiale ont profité de cette situation, payant des pots-de-vin pour obtenir des contrats nettement surévalués, jusqu’à ce qu’elles soient éclaboussées par des scandales retentissants. Le canadien SNC Lavalin et l’Italien Saipem ont ainsi versé des pots-de-vin pour décrocher des contrats, remportés alors que leurs offres étaient nettement supérieures à celles de leurs rivaux. Le laboratoire Sanofi Aventis a même été condamné par la justice algérienne à deux milliards de dinars d’amende pour avoir surfacturé des produits importés, en vue d’exporter un maximum de devises. Son directeur pour l’Algérie Thierry Lefèvre a été condamné à un an de prison avec sursis. L’enquête sur l’autoroute est-ouest a révélé que le contrat a été réévalué de six cents millions de dollars, juste pour changer la qualité du goudron utilisé ! Enfin, une entreprise chinoise, inscrite sur une liste noire de la banque Mondiale, a décroché le contrat de la construction de la Grande Mosquée d’Alger. C’est dire la participation au pillage des devises était aussi large que variée.

 Alertes

Ce transfert de devises, qui prenait l’allure d’un pillage massif, était systématiquement éludé par le gouvernement, malgré une série d’alertes. Un ancien haut responsable avait tenté d’attirer l’attention quand les importations algériennes avaient franchi le seuil symbolique de 50 milliards de dollars. « Il est impossible que l’Algérie ait importé autant. L’effet de telles sommes aurait été autre sur l’économie algérienne », avait-il dit, mais ses propos n’avaient pas trouvé d’écho. C’est apparemment l’explosion du phénomène, conjugué à une baisse des recettes extérieures du pays en devises, qui a fini par alarmer le gouvernement. Les sorties de devises ont atteint, durant les cinq premiers mois, 30.448 milliards de dollars, soit une moyenne mensuelle de 6.08 milliards. Dans le même, les exportations d’hydrocarbures, en recul de 9.82%, ont rapporté 29.85 milliards, soit légèrement moins de six milliards par mois. Ce qui montre que l’Algérie exporte désormais plus de devises qu’elle n’en perçoit. Le virage était attendu, mais pas dans l’immédiat. Il a été précipité par une amplification de la baisse de recettes en devises, sous le double effet de la baisse des prix et de la baisse du volume des exportations d’hydrocarbures. Dans le même temps, les importations et les « à-côtés » poursuivaient leur hausse irrésistible.

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