Skip to content

LE PRINTEMPS ARABE : ENTRE PASSEISME ISLAMISTE ET TENTATION AUTORITAIRE.

by sur 6 août 2013

EGYPTE2.doc

LE PRINTEMPS ARABE : ENTRE PASSEISME ISLAMISTE ET TENTATION AUTORITAIRE.

La région arabe encore une fois, se trouve confrontée à son propre destin historique. La dynamique des processus en cours, en Tunisie et en Egypte, met en évidence l’importance des défis pour ces sociétés et pour leurs élites politiques. Ces défis aux caractères multiples, se manifestent par une adhésion aliénée « au marché » et à ses règles mercantiles et au projet d’Etat théocratique, qui impose comme le souligne Samir Amin, une islamisation de la politique et de la société. Les reclassements politiques dans ses sociétés, après l’échec du projet national de développement dans les années 1970, s’organisent autour de trois pôles. Il y a les courants aujourd’hui ultra minoritaires, qui se réclament du passé nationaliste et pour certains pays, à la lutte de libération nationale. Ces forces, ne sont plus que les résidus de l’époque nationale-populiste. Il y a les courants qui se revendiquent de l’Islam politique et qui avec une forte implantation sociale, constituent aujourd’hui dans plusieurs pays dont notamment l’Egypte et la Tunisie, des forces incontournables. Enfin, il y a les forces qui tentent de se structurer autour de la « revendication démocratique »  qui est souvent assimilée à une gestion libérale de l’économie. Ces forces dites « démocratiques », souffrent d’un déficit chronique du point de vue de l’organisation dans la société et leur regard, est exclusivement tourné vers le modèle occidental. Ces trois pôles, avec leurs courants divers, ont un dénominateur commun. Du point de vue de leur limite historique, de leur faiblesse politique et de leur intégration au système hégémoniste mondial, ces forces ou ces tendances, reproduisent l’ancien système et en tant que telles, elles sont incapables d’opérer la rupture nécessaire au saut qualitatif aujourd’hui vital, pour l’ensemble des sociétés arabes. Le système mondial et à leur tête les Etats-Unis, a développé un certain savoir-faire, pour jouer des contradictions entre ces différentes forces. Dans le cas de l’Egypte et de la Tunisie aujourd’hui, cela est très évident. C’est clair, dans ces pays, il y a absence d’un pôle alternatif en mesure de prendre en charge l’intérêt de la Nation, celui de l’ensemble de la société et l’intérêt bien compris des couches populaires, aujourd’hui otages de discours passéistes et obscurantistes. Cela ne peut se concevoir que dans la défense des intérêts économiques et sociaux des classes populaires, de la démocratie et de la réaffirmation de la souveraineté nationale, conçues comme indissociables.* De ce point de vue, les pouvoirs en place sous le poids des pesanteurs historiques et des enjeux de survie, sont plus tournés vers le passé que vers l’avenir. La matrice du pouvoir d’hier est toujours là. Les valeurs de la liberté d’expression et de la tolérance ne sont certes           

 

* S.Amin. Le Monde Arabe, dans la longue durée.

pas les valeurs les plus répandues, dans ces sociétés où l’islamisme et la bigoterie religieuse, sont prégnants. La régression, est inscrite dans les logiques actuelles des pouvoirs en place. Les courants de gauche, ceux dits démocratiques, les forces se prévalent de la séparation du politique et du religieux, n’ont pas mis en avant des revendications visant à changer complètement le système, de sorte que les références identitaires et confessionnelles, ne soient plus opératoires. Ces courants, sont constitués de petits groupes, sans consistance sociologique et sans implantation significative dans la société. Le seul courant ayant une tradition d’organisation et d’expression, est le courant de gauche lié au mouvement ouvrier et à la dynamique syndicale. Aujourd’hui, ce courant est entré dans une crise profonde, par manque de référence internationale positive et par incapacité de considérer et de poser de façon correcte, la question de l’islamité dans la dynamique sociale. Ce courant, est aujourd’hui constitué de diverses sensibilités, en état d’insularité par rapport à l’ensemble de la société. La seule voie, permettant de transcender les tiraillements sectaires et les velléités partisanes, passe par la mobilisation de la gauche politique et des organisations syndicales qui construisent une alternative qui résiste aux politiques néolibérales*. Face à cet état des lieux, des forces politiques et sociales en présence, la solution à la crise des sociétés arabes, consécutive à la dynamique du printemps arabe, hésite entre passéisme islamiste et autoritarisme militaire. C’est le colonialisme qui a fait entrer les sociétés arabes, dans la modernité et la lutte radicale contre ce dernier a donné la primauté à l’autorité militaire sur le débat d’idées. La vague des indépendances nationales, du siècle dernier va sécréter un Etat national qui sera structuré autour de la seule force organisée : l’armée. Celle-ci, est devenue le substrat de la nation, la colonne vertébrale de l’Etat et souvent le plus important opérateur de l’économie nationale. Dans le cas de l’Egypte, un travailleur sur cinq, travaille directement ou indirectement pour l’armée. Cette position privilégiée fait de l’armée une faiseuse de rois et elle au cœur de tous les processus d’ascension sociale. C’est un véritable corps d’élite qui développe sa propre logique, à l’ombre d’un Etat qui donne l’apparence d’être au service de l’intérêt général de la Nation, alors qu’il ne fait qu’irriguer une nouvelle classe d’hommes d’affaires, nés dans le sillage de la conversion de l’armée égyptienne depuis les accords de Camp David,  d’armée de résistance à Israël à une armée investit dans le business. Ce qui est au cœur de la crise actuelle égyptienne, c’est tenant compte de tous ses éléments, l’exigence d’une certaine continuité de la part de l’armée. C’est au nom de cette continuité que Moubarak a été sacrifié et c’est  toujours en son nom que l’armée est prête à revenir sur l’acte de foi démocratique dont elle a fait preuve alors.   

 

  Sources :

1.     Imprecor n° 539 /540.

2.     Le Nouvel Observateur n° 2416 du 17 au 23 février 2011

3.     Le quotidien Liberté du 3 août 2013-08-06

4.     S. Amin. Le Monde Arabe dans la longue durée. Ed. APIC.

 

 

 

                                                                   BENYASSARI.     

From → Egypte

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :