Skip to content

Réponse à la contribution du camarade de Sidi Aïch sur l’appel du 18 janvier

by sur 11 août 2013

Il convient tout d’abord de saluer le camarade de Sidi Aïch qui a pris le temps de faire une lecture de notre Appel, une lecture critique et franche bien trop rare dans notre courant où les débats sont peu nombreux. Dans son analyse, le camarade de Sidi Aïch n’est pas tendre avec notre Appel. Il ne nous fait aucun cadeau et nous l’en félicitons. Il nous permettra ici de lui répondre avec la même franchise.

Cher camarade,

. Dans ta réponse à ce que tu appelles significativement Manifeste, alors même qu’il ne s’agissait que d’un simple Appel, tu dis : « Ce que je vais mettre ici ne sont pas mes positions mais les positions de Marx, Engels, Rosa, Lénine et Bordiga par rapport à ce manifeste ».

Rien que ça ! Cette démarche idéaliste est absolument identique à celle des islamistes qui prétendent ne pas parler en leur nom propre mais en celui de Dieu et de son Prophète. Au nom de quoi, cher camarade, te permets-tu de décider, tout seul dans ton coin, que les positions que tu affirmes aussi péremptoirement, sont celles de Marx, Engels, Rosa, Lénine et Bordiga ? T’ont-ils mandaté pour parler en leur nom ? Ne sais-tu pas, toi qui recoure à de longues citations, comme si tu alignais encore une fois des textes religieux, que Rosa, Lénine et Bordiga, pour ne citer qu’eux, étaient loin d’être d’accords entre eux sur toute une série de questions politiques ? Comment peux-tu dans ces conditions venir nous pourfendre en prétendant parler en leurs noms à tous ?

. A propos d’inflation, en quoi le fait d’affirmer que l’inflation profite essentiellement aux gros commerçants revient-il à nier le fait qu’elle est générée par le capitalisme en crise ? Quant à l’affirmation selon laquelle le « capitalisme agonise », cela fait près d’un siècle maintenant que certains marxistes au matérialisme plus que mécaniste nous le prédisent. Sauf, cher camarade, que le capitalisme a survécu à de nombreuses crises, à des guerres dont des guerres mondiales et que la crise économique avec son cortège de chômage et d’inflation ne provoque pas mécaniquement l’agonie du capitalisme. Si cette thèse était juste, nous serions déjà au stade du socialisme et il n’y aurait pas besoin d’un parti pour élaborer, dans des conditions historiques concrètes, une stratégie révolutionnaire. Cette thèse antidialectique de l’agonie du capitalisme découle d’une vision économiste que l’on appelle le catastrophisme. Elle considère que la crise économique du capitalisme engendre l’agonie du capitalisme.

. En ce qui concerne la bourgeoisie compradore et le marché national, tu écris :

« Cela sous-entend que vous défendez le marché national, c’est-à-dire que vous êtes pour le patriotisme économique, alors que le socialisme c’est l’abolition de la marchandise et donc du marché.

De plus et comme il a été mentionné dans le manifeste du parti communiste : « les prolétaire n’ont pas de patrie», cela veut dire qu’ils ont aucune patrie à défendre, aucune nation à défendre, aucun état à défendre et aucune économie à défendre qu’elle soit nationale ou étrangère publique ou privée. Mais au contraire, ils doivent détruire tous les états, toutes les nations et toute l’économie capitaliste. »

Cher camarade, dans ta hâte à combattre les méchants nationalistes que nous sommes, il semble que tu oublies un tout petit détail, pas grand-chose en vérité, juste le fait qu’entre le moment où Marx a écrit le Manifeste du parti communiste en 1848 et aujourd’hui, un petit événement sans doute sans grande importance pour toi est intervenu. Cet évènement est l’avènement de l’impérialisme, chose dont Lénine a justement tenu le plus grand soin, contrairement à d’autres penseurs et dirigeants marxistes, en revendiquant le droit des nations (opprimées bien évidemment) à disposer d’elles-mêmes, en établissant une distinction entre nations dominantes et nations dominées, en refusant l’indifférentisme entre les deux, en demandant au prolétariat des pays dominants d’aider les nations dominées à se libérer… Tu n’es peut-être pas d’accord avec une telle vision, mais évite, alors de te réclamer de Lénine. Réclame-toi effectivement plutôt de Rosa Luxembourg ou d’autres penseurs contre lesquels Lénine et Gramsci ont justement polémiqué.

C’est justement ce refus de prendre en considération la contradiction nations impérialistes/pays et peuples dominés au nom d’une vision abstraite de l’internationalisme qui considère que les prolétaires n’ont « pas de patrie, n’ont aucune nation à défendre, aucun Etat à défendre et aucune économie à défendre », c’est au nom de cette vision extrêmement rudimentaire que certains courants politiques que tu dois bien connaître ont renvoyé dos à dos colonisateurs et colonisés. C’est ainsi qu’ils ont renvoyé dos à dos Israéliens et Palestiniens en déniant à ces derniers le droit d’appeler à la libération nationale, donc à l’édification d’un Etat indépendant, sous prétexte que cet Etat serait bourgeois.

Les marxistes, du moins ceux qui considèrent que le capitalisme de 1848 a évolué en impérialisme et que le marxisme de Marx et Engels s’est enrichi de l’apport d’autres dirigeants révolutionnaires (Lénine en premier lieu), défendent effectivement l’économie nationale des pays dominés face aux puissances impérialistes et à leurs bras armés économique (multinationales et autres entreprises, banques, fonds de pension…) et à leurs bras armés politiques et militaires.

Une telle défense de l’économie contre le bradage perpétré par le pouvoir qui sert les intérêts d’une bourgeoisie compradore participe de la construction et de la consolidation du rapport de forces de l’Etat dominé face à l’impérialisme et du rapport de forces du prolétariat du pays dominé face à cette bourgeoisie du pays dominé. Une telle dialectique, je le conçois aisément, est tout à fait étrangère à la vision abstraite, à la lecture dogmatique et quasi intégriste des textes des fondateurs du matérialisme.

. Tu écris : « D’abord je tiens à vous dire que l’Algérie et tous les états dans le monde mènent une politique non pas néolibérale, non pas ultralibérale mais une politique capitaliste tout court.

Je suis contre l’emploi de tous ces mots, inventés par la bourgeoisie pour embrouiller les travailleurs, pour les détourner du vrai problème qui est le capitalisme.

Leur but est de faire croire et de laisser un semblant d’espoir comme quoi un capitalisme plus humain est possible, et cela en enlevant les suffixes : néo, ultra… »

Cher camarade, le fait que tu sois contre l’utilisation du mot néolibéral n’abolit pas comme par enchantement la réalité. Or, la réalité est que le capitalisme connaît des transformations et que les politiques concrètes, si l’on veut bien prendre la peine de quitter un instant les cieux de l’abstraction pour redescendre sur terre et analyser le concret, évoluent au gré des luttes de classes locales et mondiales. Le capitalisme peut prendre la forme de l’Etat providence comme il prend celle du néolibéralisme en fonction de ses contradictions qu’il tente à tout moment de surmonter. On peut effectivement ne pas tenir compte de ces différences, ne trouver aucune différence, en termes de luttes des classes, entre le capitalisme d’Etat et le capitalisme libéral, aucune différence en termes de rapport de forces face à l’impérialisme – surtout si on décide d’ignorer superbement ce stade du capitalisme et d’en tirer les conclusions qui s’imposent – mais on agit alors en doctrinaire qui se contente d’interpréter le monde en refusant de se donner les moyens de le transformer. Le monde est rempli, depuis un siècle au moins, de groupes politiques divers qui ont fait du marxisme une religion et qui passent leur temps, assis derrière leurs bureaux à Paris, Londres, Rome, New-York, Berlin, Amsterdam ou Bruxelles à débattre doctement de la révolution, qui s’érigent en tribunal de l’Histoire, fustigeant les pseudo-révolutionnaires, les pseudos-marxistes de tous poils, décernant, très rarement il est vrai, quelques satisfecit voire, exceptionnellement, des félicitations à certains… Ces groupes révolutionnaires, plus révolutionnaires, plus anticapitalistes et plus communistes que tous les révolutionnaires, tous les anticapitalistes et tous les communistes n’ont jamais fait la preuve dans la réalité (et non dans leur tête) comme le disait un fameux barbu du IXXe siècle de la puissance de leur pensée. Ont-ils un jour fait, quelque part, la révolution ? Maalich, ne leur en demandons pas autant. Ont-ils simplement réussi à construire une force politique digne de ce nom, c’est-à-dire implantée dans les masses prolétariennes dont ils se gargarisent en permanence ? Ont-ils réussi à conquérir quelque influence significative dans ce prolétariat, maintenant que les méchants staliniens ne sont plus hégémoniques sur le mouvement ouvrier ? Ont-ils réussi à dépasser le stade de groupuscules d’intellectuels coupeurs de cheveux en quatre ? Que non. Ces messieurs ont d’autres tâches plus importantes que de construire une telle force politique et de faire la révolution dans la réalité.

Légataires universels et exclusifs du marxisme ISO 2013, ils passent le plus clair de leur temps à examiner à la loupe les textes et prises de position de ceux qui agissent pour y déceler la moindre trace de déviation par rapport à la doctrine pure qu’ils incarnent…

C’est surtout pour dénoncer cette caricature de marxisme de pans entiers de cette extrême-gauche que j’ai personnellement pris la peine de te répondre, cher camarade, afin de mettre en garde les militants qui se réclament du marxisme contre le dogmatisme et le doctrinarisme indécrottable et éviter ainsi, autant que faire se peut, qu’il se répande chez nous. Désolé pour ce « chez nous » si contraire au verset selon lequel « les prolétaires n’ont pas de patrie ».

. Merci de nous rappeler que le capital est directement mondial et que la mondialisation ne date pas d’aujourd’hui. Et merci de nous citer et de nous reciter, pour ne pas dire nous réciter le Manifeste du Parti communiste comme si rien de nouveau n’était apparu depuis sous le soleil.

Et effectivement, quelle différence y a-t-il entre 1962 et aujourd’hui ? Aucune. Il y a toujours eu des riches et des pauvres, aucune modification significative qui mérite quelque attention à tes yeux, cher camarade. Le rapport de forces politique a-t-il changé ? Le capitalisme d’Etat et le capitalisme néolibéral ont-ils eu une influence quelconque sur ce rapport de forces ? Ont-ils créé des configurations sociales et politiques quelque peu différentes qui impliqueraient des tâches politiques différentes ? Pourquoi s’intéresser à de telles balivernes, à de tels détails ? Ne s’y intéressent que ceux qui veulent tromper le prolétariat.

Entre l’activisme effréné d’une partie du courant socialiste et le doctrinarisme à toute épreuve d’une autre partie voire, dans certains cas, à l’alliance des deux, on ne risque pas de faire l’analyse d’une réalité concrète et de définir une stratégie révolutionnaire capable de nous mener au socialisme, non dans les livres, mais dans la réalité !

. Effectivement, parce que l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme « il s’agit tout court du capitalisme ». Et pour y mettre un terme, il suffit de répéter du matin au soir et du soir au matin que la seule solution aux maux du capitalisme est, des Etats-Unis d’Amérique au Tibet en passant par le Groenland, le Sahara Occidental, la Palestine, l’Italie, la Somalie et tous les Etats du monde, la révolution socialiste. Cher camarade, si les choses étaient aussi simples que cela, aussi simplistes me permettras-tu d’écrire, il y a longtemps que le prolétariat serait au pouvoir à l’échelle mondiale. Il faudrait peut-être cesser de prendre le niveau abstrait de l’analyse du mode de production pour l’analyse concrète d’une formation sociale donnée et trouver les réponses politiques à même non de proclamer la nécessité du socialisme mais d’élaborer et de mettre en œuvre dans des conditions précises, une stratégie nous menant effectivement au socialisme. Je crains fort, cher camarade, que sous la colonisation, tu aies appelé les prolétaires algériens – pardon, d’Algérie ! – à se détourner de l’illusoire lutte en faveur d’un Etat indépendant et à se concentrer sur la lutte contre le capitalisme sans distinction entre bourgeois colonialistes et bourgeois algériens puisque l’Etat découlant de la guerre de libération nationale ne pouvait être que bourgeois… Une telle démarche a davantage à voir avec l’anarchisme qu’avers le marxisme. On a vu par le passé, dans le courant bordiguiste justement, comment le déni de la réalité nationale d’un peuple dominé a fini par provoquer, au sein même de ce courant, une réaction vraiment nationaliste bourgeoise.

. Tu écris : « Vous considérez L’absence de libertés démocratiques comme un obstacle pour l’émergence d’une force politique.

Depuis quand la démocratie a favorisé l’émergence d’une force politique.

Les marxistes n’ont pas à lutter pour la démocratie, car comme disait Amadeo Bordiga …» et suit une longue citation de Bordiga à laquelle les lecteurs pourront se référer dans ton texte.

Ce n’est pas parce que Bordiga a considéré que le fascisme ne peut pas être plus conservateur que la démocratie, que le fascisme représente une situation plus révolutionnaire que la démocratie et qu’il place le mot fascisme dans la bouche du vieil Engels alors même que le fascisme n’existait pas encore, ce n’est pas pour cela que nous devons renoncer, dans un pays où les libertés politiques n’existent pas, à lutter pour la démocratie qui reste, en régime capitaliste, le régime qui permet le mieux au prolétariat de s’organiser et de combattre et, dans les pays où elle existe déjà, de défendre les acquis qui permettent à ce même prolétariat de s’organiser et de lutter pour ses revendications immédiates et pour l’aboutissement de son projet historique. La bourgeoisie n’a pas un besoin absolu de la démocratie pour s’organiser, défendre ses intérêts et dominer. Le prolétariat, lui ne méprise pas la démocratie sous prétexte qu’elle est bourgeoise tout comme il ne méprise pas une victoire syndicale partielle sous prétexte qu’une grève n’abolit pas le salariat et l’exploitation capitaliste.

Il n’est pas indifférent aux prolétaires conscients de pouvoir s’organiser et mener des grèves sans risquer la prison ou de devoir prendre un maximum de risque pour mener la moindre lutte et s’organiser. Ceux qui ont connu la période d’avant 1988 ont fait la différence entre les deux sans pour cela devenir des adorateurs impénitents de la démocratie bourgeoise.

. A propos de notre affirmation selon laquelle « il ne s’agit pas de construire contre ces partis, mais avec eux », tu écris : « Ici ça sent le consensus et l’interclassiste. Alors que normalement les marxistes doivent se distinguer et affirmer ce qui les sépare avec les autres et non ce qui les rapproche. Les marxistes doivent travailler pour seul, pour un mouvement de classe autonome de toutes les autres classes.

Cher camarade, as-tu pris le temps de lire notre appel ? Nous faisions référence aux partis qui se réclament comme nous du socialisme et non des partis des autres classes sociales.

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :