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L’impasse de l’infitah en Algérie : quelles issues ?

by sur 3 décembre 2013

Nous présentons ci-dessous les grandes lignes de l’intervention d’Abdelatif Rebah lors de la rencontre débat organisée par le Rassemblement de gauche le 16 novembre 2013 à propos de l’infitah en Algérie. Ce texte est suivi d’un compte rendu succinct des débats. Bonne lecture

L’impasse de l’infitah en Algérie : quelles issues ?

L’infitah en Algérie est  le synonyme de la politique  de remise en question de la stratégie de développement national, inaugurée, à pas feutrés, sous l’ère de Chadli Bendjedid  dès le début des années 1980.

Trois décennies de restructurations libérales vont en démanteler, pas à pas,  les outils essentiels et en annuler les avancées les plus remarquables en engendrant un phénomène de désindustrialisation, de régression sociale, de panne structurelle du développement et de fragilisation de l’Etat national.

Derrière la sémantique de bon sens des Réformes, un agenda politique précis a imposé son champ d’observation et d’analyse, son objet, sa problématique et les catégories pour la traiter et bien sûr le vocabulaire approprié pour la vulgariser.

L’argumentaire de l’infitah 

La mondialisation est une réalité incontournable et  l’Algérie est « condamnée », sous peine d’éviction,  à  construire les avantages compétitifs de son insertion positive dans l’économie mondiale.

La menace de rester « sur le bord de la route  en marge des ensembles dynamiques que la mondialisation modèle », de courir le risque de « notre effacement au plan international »  est érigée en argument de tout premier plan au même titre que le besoin de partenaires stratégiques pouvant donner à l’économie algérienne la technologie, l’investissement, l’expertise et l’innovation indispensables pour entreprendre sa «nécessaire diversification ». Le mythe du « gagnant-gagnant » L’économie mondiale est un  vaste marché où règne l’égalité des chances et où les opportunités dépendent des avantages compétitifs  des acteurs. C’est le mythe du « gagnant-gagnant » qui fait fi de la réalité de l’économie mondiale qui est d’abord une hiérarchie issue de rapports de forces forgés tout le long des siècles de l’industrialisation et de la colonisation. C’est, également, un immense pouvoir de marché concentré aux mains d’une poignée d’acteurs, les oligopoles, un marché peu concurrentiel. Des entreprises qui ont un pouvoir de marché mondial qui surpasse les compétences des régulateurs et les capacités financières de la plupart des Etats. C’est, pour finir, ce « pouvoir structurel »  de façonner et de déterminer les structures de l’économie politique globale à l’intérieur desquelles d’autres Etats -leurs institutions politiques, leurs entreprises, leurs scientifiques et autres professionnels- doivent opérer[1]». Pouvoir dont disposent la seule superpuissance existant actuellement, les USA et un petit groupe de pays dominants de la Triade[2]. Pouvoir qu’ils exercent à travers une combinaison d’institutions, G8, G20,Union Européenne,  FMI, Banque mondiale, Agences de notation,  OMC, OCDE,OTAN, bref, la super élite entrepreneuriale, politique, militaire et intellectuelle de la Triade , un « système sans tête mais non sans maître »[3], qui nous commande d’ « enlever nos mains du clavier et de suivre ses instructions »[4]

L’ infitah : une politique d’abandon du développement national   

Les implications de l’infitah sont multiples. Il y a d’abord celle qui va consacrer la rupture avec les conceptions des relations internationales en termes de relations de dépendance-domination et le passage à des conceptions qui mettent en avant les interdépendances et les opportunités que présente la globalisation.

La problématique économique algérienne va cesser d’avoir pour centre de gravité la construction des bases productives et du cadre institutionnel du développement national indépendant. La question du mode de régulation marchand, cheval de bataille des réformateurs, qui s’était assujettie celle, jusque là prépondérante, du développement, ne va pas tarder, elle-même, à s’éclipser complètement. Le développement devient «le fruit promis d’une croissance spontanée transmise par le marché mondial et une spécialisation fondée sur les avantages comparatifs ». La question de l’attractivité du cadre institutionnel en constitue la variable-clé.

Outre la libéralisation totale  du commerce extérieur qui est la conditionnalité – reine des programmes d’ajustement structurel du FMI, privatiser pour attirer les IDE forme le complément systématique  des politiques d’ajustement du FMI et de  la Banque Mondiale. De même,  les adhésions à la ZLE, la ZALE  et l’OMC sont  autant de «signes de notre volonté de s’intégrer au processus de mondialisation appréciés des investisseurs potentiels». Les gouvernants algériens en ont fait les axes  d’orientation stratégique de l’économie et la preuve convaincante de leur engagement effectif dans la voie des  réformes libérales.

L’ouverture va entrainer-processus toujours en cours-une recomposition et un repositionnement des intérêts politiques et économiques en élargissant la sphère du capital privé et en autorisant la présence de sociétés  étrangère, tout cela au profit des couches compradores. Ce sont en réalité les véritables bénéficiaires de l’infitah

L’impasse de l’infitah

Trois décennies de restructurations libérales ont provoqué l’impasse. Les résultats sont particulièrement décevants de l’aveu même des promoteurs de cette orientation.

Le libre échange a été une opération à pure perte pour l’économie algérienne, le capital étranger n’a d’yeux que pour l’or noir. Quant au capital algérien, investisseur, preneur de risques, vecteur d’innovation, il est inexistant. L’échec du triptyque : libre –échange-privatisation-IDE est cinglant. Une croissance totalement dépendante d’arbitrages extérieurs, c’est une voie sans issue qui  traduit l’impasse de la pensée mimétique, la pensée du benchmark. Le modèle de référence n’a pas de réponse pour la question du développement national. En réalité, il n’existe aucun cas où le libre-échange profite de manière équilibrée aux pays concernés, c’est toujours le pays le plus développé auquel profite le libre-échange. C’est l’échange inégal. L’inégalité des positions, le statut subalterne, dépendant, qui découle de l’histoire n’autorisent pas à poser les relations en termes de coopération « gagnant-gagnant »[5]. Il n’y a de coopération qu’entre égaux[6]. « Les politiques et les économistes qui promettent que la libéralisation du commerce va améliorer le sort de tous, sont des imposteurs », n’hésite pas à écrire le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz.[7]

L’échec du triptyque libre-échange-IDE-privatisation traduit l’impasse de la pensée mimétique, la pensée du benchmark. Le modèle de référence n’a pas de réponse pour la question du développement national.

Penser l’alternative                    

Il ne s’agit pas seulement de réfuter les thèses adverses. Il faut opposer d’autres solutions économiques, sociales, politiques. Elles doivent puiser leur fondement dans l’impératif vital de préserver l’indépendance nationale. L’Etat algérien ne peut pas être réduit à un simple opérateur économique de la mondialisation capitaliste. Il a besoin d’une certaine autonomie sans laquelle, il cesserait d’exister.  Mais cet impératif ne signifie pas  repli autarcique. Le contraire de l’infitah, politique de renoncement au développement national, n’est pas le  repli autarcique

Le problème pour notre pays ne se pose pas, d’ailleurs, en termes d’ouverture ou d’insertion. En 2002, le ratio exportations/PIB est de 33,5% en Algérie contre 21,8% en France. Le ratio importations/PIB est de 23,4% en Algérie contre 21,6% en France[8]. Le problème fondamental ne réside pas tant dans les barrières tarifaires et douanières que dans l’absence d’acteurs industriels véritables capables de s’implanter sur les marchés extérieurs. La vraie problématique, en effet,  est celle de la construction de la base productive nationale capable de se mesurer aux grands challenges technologiques et industriels porteurs de développement et facteurs d’échanges équilibrés et mutuellement bénéfiques. Il ne s’agit donc pas d’opposer à l’ouverture le repli autarcique. Il s’agit de construire les conditions politiques, les alliances internationales et les structures d’accueil institutionnelles du co-développement fondé sur le droit imprescriptible de chaque pays de construire un système productif enraciné et cohérent, facteur de progrès et instrument de la participation à la division internationale du travail

Instaurer un nouvel ordre international. Créer les conditions pour que le Sud puisse constituer un espace d’échanges. Régulation progressiste des échanges. Promotion de nouveaux outils de régulation internationale.

Notes:

[1] Susan StrangeStates and Markets,New YorkSt. Martin’s Press 1994

[2] Idem

[3] Cf. Elisabeth Gauthier, Dé-mondialiser ou changer le monde ? publié le 12/7/11.(http://www.espace-marx.net) Cf. également sur le même site,  Nils Anderssen ,Libérer le système des relations internationales des politiques des puissances .Colloque d’Espaces Marx, «  Une crise  de  civilisation ? »,28/29 janvier 2011.

[4] Anne- Marie Slaughter est directrice de la planification politique au ministère des affaires étrangères  des Etats-Unis  (ex rectrice de la Woodrow Wilson of Public and international Affairs à l’université de Princeton dans les années 2002-2009.)En 1997, elle a écrit un article dans le magazine Council of Foreign  Affairs dans lequel elle traite des fondements théoriques du nouvel ordre mondial .Selon elle l’Etat ne disparait pas mais il éclate en différentes composantes fonctionnelles distinctes. Ces composantes-la justice, les agences de régulation, les composantes de l’Executif et même celles du Législatif se connectent aux réseaux avec leurs vis- vis à l’étranger, formant ainsi, une toile dense de rapports qui constituent le nouvel ordre supragouvernemental »et le transgouvernementalisme devient rapidement le régime effectif le plus répandu de la domination internationale.

[5] « Le XXème siècle est avant tout l’histoire d’une mondialisation du système technique et d’une spécialisation des espaces déterminée en grande partie par la tradition industrielle».  Cf.  Jacques Bourrinet,  La  Méditerranée : espace de coopération ? Economica 2004. p. 201.

[6] Cf. Emmanuel Rosenfeld et Jean Weil, Le droit vecteur de la puissance américaine, Le Monde du 14 février 2004.

[7] Joseph Stiglitz, Un autre monde contre le fanatisme du marché. Paris, Fayard, 2006, cité par Jean-Pierre Pagé in Penser l’après-crise. Editions Autrement, Paris 2009, p.21

[8] Cf.  L’ouverture, miroir aux alouettes, par Rolande Borrelly, in El Watan du 12 septembre 2006.

Compte-rendu de la rencontre du 16 novembre 2013 sur l’Infitah

Malgré une assistance peu nombreuse (une vingtaine de personnes), les interventions qui furent riches et nombreuses allaient dans la plupart des cas, dans le sens du conférencier Abdelatif Rebah

A savoir

1/ que les vingt premières années de l’indépendance ont été marquées par une stratégie de développement national sous la présidence de Boumediene. Stratégie basée essentiellement sur une forte industrialisation, appuyée sur un puissant secteur public à travers des dizaines de sociétés nationales

2/que depuis l’arrivée de Chadli, une politique d’infitah fut inaugurée dès le début des années 80. Politique qui remettait en cause la stratégie de développement national des deux premières décennies

restructuration-démantèlement des sociétés nationales-

désinvestissement-désindustrialisation-

réformes de sens libéral-

privatisations-

économie de marché-

libre-échange-

Les gouvernants, depuis les années 80 ont tout essayé, mais cela n’a pas marché : c’est l’impasse. Bref, l’infitah est une contre-révolution, qui a favorisé une bourgeoisie compradore. C’est une pré-bourgeoisie ou une lumpen-bourgeoisie qui détient une partie du pouvoir et qui est candidate au Pouvoir.

L’alternative

Il faut une autre politique, et l’alternative ne peut être que politique : c’est la fusion entre un projet et des forces sociales

Encore faut-il avoir le pouvoir politique. Reprendre ce qui a été fait et le corriger, réindustrialiser, démocratiser les rapports sociaux…construire un Etat fort et juste, avec pour seule norme, la légalité

Mais où sont les forces sociales, les syndicats, les militants? Comment réunir les progressistes? Les gens, bien que divisés, éparpillés (socialistes, démocrates…) sont prêts à se sacrifier

Et la gauche, existe-t-elle? Oui et non, c’est pour cela qu’il est nécessaire de la réunir, de la rassembler ou comme l’a si bien dit Samir Amin : « Il faut une cristallisation de la gauche »; autour d’une organisation qui doit aider les gens à voir clair

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