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Compte-rendu du débat organisé le 14 décembre 2013 par le Rassemblement de gauche (RdG) sur le thème : Etat de la culture Eléments pour un bilan

by sur 30 décembre 2013

La rencontre-débat organisée à Alger le 14 décembre 2013 par le RdG et animée par Rachid Boudjedra a permis, à partir d’un historique et d’un état des lieux esquissé par le romancier, d’aborder au cours d’un débat très intéressant les questions de la politique culturelle du pouvoir actuel, de l’état de la culture populaire, de la nécessité pour les forces démocratique et de progrès de rouvrir le front du combat culturel. L’idée de s’organiser à l’image de l’ancien Rassemblement des artistes, intellectuels et scientifiques pour mener une réflexion, une action et des combats culturels a été partagée par les participants qui ont décidé de travailler à sa concrétisation.

Les notes qui suivent ne constituent pas un compte-rendu fidèle dans la mesure où les propos de plusieurs intervenants n’ont pas été totalement retranscrits. Les lecteurs voudront bien nous en excuser. Il nous a toutefois semblé utile d’informer nos camarades et amis de la teneur de l’intervention de Boudjedra et du débat qui a suivi celle-ci.

 Introduction de Rachid Boudjedra

Pour Rachid Boudjedra, l’Etat de la culture en Algérie est paradoxal. Il n’est ni bon ni mauvais, ni même moyen. L’Etat a fourni de réels efforts, mais les résultats sont médiocres.

Le romancier a passé en revue différents compartiments de l’art et de la culture :

. Littérature : Chaque romancier a apporté quelque chose de nouveau par rapport à ceux d’avant. Kateb Yacine a apporté une rupture sur le plan de l’écriture. Nedjma est le roman anticolonialiste par excellence alors même que Yacine ne cite jamais formellement le colonialisme.

Boudjedra qui est venu plus tard a cassé les tabous que Yacine et les romanciers précédents n’avaient pas attaqués : l’homosexualité, la place et le rôle de la femme dans la société. Il a rompu avec l’archaïsme de la société algérienne.

Tahar Ouettar, pour sa part, a porté la littérature du petit peuple.

De nombreux jeunes sont arrivés depuis, mais n’ont rien apporté de nouveau. Il faudra du temps pour cela. Mustapha Benfodil a amorcé une rupture avec les anciens. Il y a par ailleurs une poésie excellente, particulièrement en langue arabe.

. Salon international du livre d’Alger (SILA) : On affirme que les Algériens ne lisent pas, mais l’on se trouve là aussi face à un paradoxe puisque beaucoup de personnes se rendent au SILA qui est l’un des plus important du monde, en termes de fréquentation, après celui de Francfort et avant ceux de Tunis, Casablanca et Le Caire.

. Théâtre : Il n’y a pas eu de rupture à l’indépendance par rapport au théâtre de Bachtarzi, qui était un théâtre algérois, constantinois, un théâtre de divertissement. Ce sont les SAS de l’armée française qui ont formé, durant la guerre de libération nationale, nombre d’hommes de théâtre de l’Algérie indépendante.

Yacine a fait des pièces magnifiques qui relevaient cependant davantage de l’agit-prop que du théâtre proprement dit. Kaki aurait pu provoquer cette rupture.

. Cinéma : Il y a eu deux ou trois phénomènes, en premier lieu Mohamed Lakhdar Hamina. Il y a aussi Nahla de Farouk Beloufa. Aujourd’hui, on parle de Teguia, mais Boudjedra n’a pas encore vu ses deux derniers films.

Il y a de jeunes cinéastes talentueux qui ne savent pas écrivent, qui ne maitrisent pas le langage cinématographique.

. Peinture : Il n’y a pas eu de rupture et d’avancée par rapport à Mohammed Khadda, M’Hamed Issiakhem et Abdallah Benanteur. Aujourd’hui, il y a beaucoup de femmes ainsi qu’Ali Silem.

Le Musée d’art moderne (MAM) qui a vu le jour à partir du local des anciennes Galeries de France est une coquille vide. Le musée des Beaux arts tombe quant à lui en ruine.

. Bande dessinée (BD) : La BD connaît un grand essor. Cela fonctionne.

. Photographie : On se photographie beaucoup avec les portables et autres appareils photos, mais l’art de la photographie n’a pas encore émergé.

. Librairies : Des librairies ferment, mais d’autres ouvrent.

. Edition : Ce secteur a connu un réel développement. Il est beaucoup plus important qu’au Maroc ou en Tunisie. On trouve de vrais éditeurs, mais il y a aussi de vrais affairistes.

. Cinéma : Une action de restauration a été entamée, mais les salles sont vides. Il y a un début de programmation à l’Algeria.

. Architecture : Il y a une architecture massive. Il n’y a pas d’architecte sortant du lot pour créer quelque chose.

Conclusion : C’est la morosité. Il existe énormément de possibilités, de potentialités et de moyens, mais pas les résultats sont médiocres.

Débat

1er intervenant : Depuis une dizaine d’années l’Etat a lancé un programme. Il dispose de beaucoup d’argent qu’il dépense sans compter. Des films ont été produits qui ne passeront même pas en Algérie. Il y a cependant un manque crucial de professionnels et de cadres pour animer et gérer ce secteur.

2e : Elle s’interroge sur l’effet des efforts consentis par l’Etat. Il s’agit davantage d’efforts de célébration. Il y a effectivement beaucoup d’argent, mais cela s’inscrit surtout dans une tentative de formatage des esprits. Il y a une corruption des éditeurs dont certains perçoivent de nombreux avantages. Le SILA est un arbre qui ne doit pas cacher la forêt. Il n’y a pas de librairies à l’intérieur du pays.

L’état lamentable de la culture s’explique par l’absence de luttes, de combats. Elle rejoint Boudjedra pour constater l’absence d’espace de gauche en vue d’animer le combat culturel.

3 : Pour comprendre l’état actuel de la culture, il convient d’observer l’état de la formation (école…) et des médias. Elle rappelle que la télévision nationale jouait un grand rôle dans le passé avec, notamment, le ciné-club. Elle déplore l’état lamentable des musées.

4 : Critique la vision selon elle élitiste de la culture développée par les intervenants. La culture ne se trouve pas dans les musé ni les écoles. On apprend pas a être artiste selon les cadres prédéfinis et des cadre théoriques de la société bourgeoise ! La culture est au contraire le coté subversif de la révolution, c’est de là que se dessine le ras-le-bol social ! Pas dans le musée où l’art est soumis au jugement du beau et du moche. Pareil pour le théâtre. Il convient de se tourner vers les jeunes des quartiers populaires, vers les jeunes artistes qui portent des valeurs de la population.

5 : Les dix années de terrorisme ont été dix années de corruption.

6 : Quelle politique de la culture ? A quoi est-elle liée ? Il rappelle le vaste mouvement d’alphabétisation des masses lancé à partir de 1962. Aujourd’hui, constate-t-il, la grande masse de la population est alphabétisée. Mais c’est le marché qui régule. Il n’y a pas de projet.

Le champ culturel et le champ intellectuel existent-ils ? L’objectif du pouvoir est de formater les esprits, de s’attaquer aux libertés. Le rapport au régime actuel est un rapport clientéliste. La jeunesse aspire à la culture (musique, cinéma, théâtre…), mais le système éducatif ne prône pas le développement culturel.

L’Etat fabrique la culture qu’il veut. Si l’on veut changer la culture, il faut créer un contre-pouvoir, un pouvoir.

Nécessité de lutter et de recréer des pôles tels que le Rassemblement des artistes, intellectuels et scientifiques (RAIS).

7 : A dit sa sidération de constater le niveau de corruption des prétendues élites intellectuelles qui acceptent sans broncher des lois liberticides comme le projet de loi sur le livre ou la loi sur les associations qui dit explicitement : article 39 de la loi 12-06 du 12/01/2012 relative aux associations. « Il est procédé à la suspension d’activité de l’association ou à sa dissolution en cas d’ingérence dans les affaires internes du pays ou d’atteinte à la souveraineté nationale ».

C’est le nouveau code de l’indigénat puisque seuls nos gouvernants peuvent s’occuper de nos affaires internes et externes.

La loi sur le livre est totalement conçue dans cet esprit qu’elle applique à toute la chaine du livre de sa création jusqu’à la bibliothèque privée !

Sans un minimum de solidarité des militants politiques et associatifs et des acteurs de la sphère culturelle, nous devons nous attendre à des jours sombres.

Est favorable à l’idée de lancer un appel, signé pars des « personnalités » de la culture : écrivains, cinéastes, profs, avocats, pour dénoncer ce danger.

8 : Appelle à ne pas se lamenter car il existe de nombreuses luttes populaires (grèves, émeutes…).

9 : Nous ne pouvons faire l’analyse de l’état actuel de la culture indépendamment de l’analyse de la situation politique. Au cours des 30 dernières années, le mouvement anti-impérialiste de notre pays a subi une défaite historique du fait de la contre-révolution néolibérale.

Aujourd’hui, il n’y a pas une culture mais des cultures. La culture dominante d’une lumpen-bourgeoisie qui est antisociale, antidémocratique et antinationale. Cette culture dominante est réactionnaire. Elle abandonne la culture aux lois du marché et atomise les consommateurs. Cette marchandisation de la culture a de surcroît un côté antinational dans la mesure où l’absence de production locale de qualité favorise la soumission du public à l’idéologie répandue par les paraboles étrangères venue des pays impérialistes ou des forces islamistes réactionnaires.

Il y a d’un autre côté une culture des dominées qui est écrasée. Il est normal que cette culture soit en retard sur les luttes populaires car la conscience retarde toujours sur le réel. Il y a donc nécessité de relancer les luttes anti-impérialistes en leur donnant un contenu progressiste et démocratique et en les accompagnants par une action culturelle.

Rejoint l’idée avancée par les précédents intervenants d’agir contre la loi sur le livre en liant ce combat à celui de la résistance à la nouvelle loi entravant le droit d’association.

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