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La France, la Chine et l’émergence algérienne

by sur 30 décembre 2013

publié par www.maghrebemergent.info

  Nadir Djermoune  le 25-12 2013

1-     La « boutade » de François Holland sur le retour « sain et sauf » de son ministre de l’intérieur après sa visite en Algérie, la diffusion par le « petit journal » de la télévision française Canal + mettant en évidence le montage d’images montrant  le caractère loufoque de la discussion entre le président et son invité le chef du gouvernement français Ayrault, ont de quoi arracher un rire jaune du coté de la capitale algérienne ! d’autant plus qu’en même moment, coïncidence de calendrier ou calcul sournois, les chinois envoient leur ministre des affaires étrangères Wang Yi pour rappeler « la vivacité de l’amitié algéro-chinoise depuis maintenant 55 ans après l’établissement des relations diplomatiques ». Le ministre saisit l’occasion pour souligner le poids grandissant dans les échanges entre la Chine et l’Algérie dont la balance commerciale a atteint aujourd’hui 8 milliards de dollars alors qu’elle n’était que de 200 millions de dollars il y a 30 ans ! il note enfin l’existence d’un important potentiel « à exploiter par les deux pays, notamment dans les secteurs du commerce et des investissements dans les travaux publics, un secteur qui a atteint 45 milliards de dollars ».

Ces trois événements transforment ce qui s’apparentait à une « commedia dell’arte » en « tragédie grecque », coté français ! Ils dévoilent,  coté algérien, les contradictions et la fragilité du système Bouteflika en fin de règne. Ils replacent du coup le débat sur les présidentielles de 2014, essentiellement centré sur le « oui » ou « non » du quatrième mandat du président malade, sur des questions plus stratégiques, notamment les questions économiques.

2-     Nous connaissons, la réaction officielle algérienne. Elle regrette la « moins value » engendrée par cette blague de mauvais gout dans les relations algéro-française. Sans plus ! Du coté de l’opinion, l’opinion savante, derrière les réactions de dignité et de fierté nationale face aux blagues males placées d’un « ancien colon », des voix s’élèvent pour souligner « l’émergence » de l’économie chinoise à l’instar des autres économies dites «émergentes » désigné par le « BRICS» (Brésil, Russie, Inde Chine et Afrique du sud). Ces voies critiquent l’alignement du capitalisme version Bouteflika sur le capitalisme occidental. Elles suggèrent un repositionnement sur ces pays « émergents », notamment la chine ou encore la Russie de Poutine.  L’Algérie a les moyens financiers pour atteindre l’émergence, estime, entre autres, l’économiste Abdelhak Lamiri[1].

D’autres lectures, dans le même ton, nous expliquent le caractère nationaliste, « progressiste », voire même anti-impérialiste des ces pays émergents. Ces  analyses  nous expliquent, à juste titre, que les guerres menées par la France en Afrique centrale et auparavant au Mali sont l’expression d’une offensive du capitalisme occidental, sous hégémonie américaine, pour empêcher les économies dites « émergente », notamment la Chine et la Russie de se développer et de développer  l’Afrique. Elles oublient toutefois de spécifier le caractère capitaliste de ces économies émergentes!!!

Or, en termes d’économie réelle, l’histoire nous enseigne qu’au 19° siècle, les puissances capitalistes qui dominaient le monde étaient les deux empires coloniaux  britannique et français. Au début du 20° siècle il y a eu une autre économie émergente: l’Allemagne. Elle sera à l’origine des deux guerres mondiales pour réorganiser le marché colonial qui lui échappait. Ce sont les USA qui domineront l’économie capitaliste mondiale au lendemain de la 2° guerre. Entre temps, il y a eu la Russie de Lénine et la Chine de Mao, encore sous développées, qui vont tenter une autre voie d’émancipation, celles des damnés de la terre.  Dans leur sillage ont émergé des combats des peuples colonisés pour leurs indépendances et leur émancipation, ceux de Messali El Hadj, Boudiaf et de Abane Ramadhane, ceux  de Fidel Castro ou encore de Mandéla. Aujourd’hui, ces pays émergents, à l’instar de la Russie de Poutine ne sont-ils pas sur la voie de cette Allemagne et cette Amérique, c’est-à dire de nouveaux impérialismes qui veulent se substituer aux anciens ! C’est cet enjeu qui se déroule devant nous en Syrie. Voila ce que veut dire « émergent »!

Vu sous cet angle, la possibilité de l’émergence d’une économie encore sous développée et dépendante aujourd’hui, dans le cadre du capitalisme, reste une hypothèse théorique discutable. Mais discutable d’un point de vue strictement scolastique ! Car, quand bien même la présence ou la combinaison de certaines conditions, comme par exemple le plan Marshall associé aux capitaux locaux qui ont vu l’émergence de l’économie sud coréenne ou taïwanaise, ou encore la présence d’une source énergétique incontournable au développement technologique dans le sous sol d’un pays candidat à l’émergence, comme l’Algérie ou l’Iran, la réalité du développement capitaliste reste porteuse de destruction massive de la culture humaine et de son environnement. Voila pourquoi le rejet de  cette voie est primordial.

N y a t il donc pas une autre voie d’émancipation, un autre type d’émergence?

3-     Cette manière de poser le problème replace la discussion stérile autour des luttes de sérail sur la fin de Bouteflika et l’avenir de son frère sur un terrain plus stratégique. Mais, les luttes pour la succession ne sont malheureusement portées que par des individus. Ali Benflis, ancien chef du gouvernement et adversaire de Bouteflika lors des dernières élections présidentielles, est candidat.  Avec Sellal, l’actuel premier ministre, à qui on pourrait rajouter Ouyahia, l’incontournable commis de l’état comme il aime se définir, ils restent des présidentiables potentiels. Mais pour l’instant, aucun d’eux n’est porteur d’un projet politique social et économique qui susciterait un quelconque intérêt au débat. Ce qui laisse libre court aux spéculations les plus fantaisistes. Les candidats sont souvent vus sous l’angle de calculs d’épiciers, d’intérêts de groupes restreints ou de règlement de compte personnel. Des motivations de cet ordre existent surement. Mais les tendances lourdes qui combinent les intérêts locaux, régionaux et internationaux qui restent en sourdine vont vite prendre le dessus. L’Algérie d’aujourd’hui reste un enjeu régional pour un capitalisme en pleine déroute financière.

Mais, devant un personnel politique versatile, et un débat sur les présidentielles confiné dans des luttes de sérails, les perspectives d’émergence risquent d’attendre. Ni « l’économie libérale à caractère social », slogan de la campagne de Benflis de 2009, ni « le patriotisme économique » d’Ouyahia, variante du programme de Bouteflika et encore moins « le tout privé » de Sellal ne pourront engager l’Algérie dans une émergence démocratique et sociale au service de la majorité des algériens. Seules une mobilisation large et un débat transparent sur une rupture radicale avec le modèle en cours  peuvent augurer des lendemains qui chantent.

 Nadir djermoune le 25-12 2013


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