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Situation des femmes, action et mouvements féminins en Algérie

by sur 11 avril 2014
Compte-rendu de la rencontre-débat du 22 février 2014 organisée par le Rassemblement de gauche (RdG) sur le thème :
Situation des femmes, action et mouvements féminins en Algérie
La rencontre-débat a rassemblé une trentaine de participants dont plus de deux-tiers de femmes et une majorité de jeunes.
Introduction de Mme Zoubida Haddab et de Melle Tinhinan Makaci
La modératrice, Mme Yasmina Chouaki, a commencé par rappeler que le mouvement féministe algérien fut très puissant dans les années 1989-1991. Il a fortement contribué à préserver le caractère républicain de l’Etat. Cela lui a valu de recevoir beaucoup de coups, mais il existe toujours sous des formes diverses.
. Mme Zoubida HADDAB a indiqué que le mouvement féministe s’est développé sous une forme associative à partir de 1989. Mais comme aucun mouvement ne naît de rien, elle a rappelé que deux mouvements féminins, respectivement proches du PPA-MTLD et du PCA, existaient en Algérie depuis les années 1945-1946. La guerre de libération nationale fera entrer massivement les femmes dans le combat libérateur.
Après l’indépendance, l’Union nationale des femmes algériennes sera placée sous la coupe du parti unique (FLN), mais des textes importants seront néanmoins adoptés contre la répudiation et la polygamie. Dans les années 1970 de plus en plus de femmes vont chercher à s’organiser en dehors du cadre de l’UNFA : groupes de recherche à Alger et Oran, Groupes de volontaires, Comités de cité, Groupes de travailleuses dans le cadre de l’UGTA. La première association sera proclamée en 1985. Il s’agit de l’Association pour l’égalité des hommes et des femmes devant la loi.

De 1988 à 1992, une trentaine d’associations furent créées à travers le pays. Le mouvement féministe était fort et occupait l’espace public (manifestations, galas, rencontres…). Il s’adressait à la fois au pouvoir et à la société. Les différentes associations se renforçaient les unes les autres. Leur mobilisation parviendra à arracher la suppression de la disposition permettant aux hommes de voter à la place des femmes de leurs familles. Les 30 novembre et 1er décembre 1989, une première rencontre de toutes les associations déboucha sur l’adoption d’une plate-forme et la création d’une coordination nationale. Les conflits entre associations, en particulier sur la question de savoir s’il fallait abroger ou amender le Code de la famille mirent à mal la cohésion de la Coordination nationale.
De 1992 à 1995, on assistera à un reflux du mouvement associatif à la faveur, entre autres, de l’instauration de l’état d’urgence. Les associations dénonceront avec la presse les viols et agressions dont les femmes étaient victimes.
Les années 1995-2000 seront marquées par le retour à la lutte contre le Code de la famille et pour l’égalité des droits, même s’il n’y avait pas de possibilité d’action publique (marches, rassemblements…). On assistera alors à la recherche d’autres formes d’action comme la tenue de séminaires, de rencontres, la mise en place de réseaux entre chercheurs et militants… Dans les années 1996/1997, treize associations formeront un groupe de travail en relation avec le ministère de la Famille pour préparer la campagne du 1 million de signatures. La mobilisation pour la suppression de l’article 39 du Code de la famille qui affirme l’obéissance de la femme par rapport au mari échouera du fait du désengagement de Mchernane et de Zeroual. Aucuns bilan et analyse ne seront réalisés, mais cette action permettra de relativiser l’opposition abrogation/amendement.
Dans les années 2000, le contexte sera marqué par les difficultés économiques et sociales. On assistera à un début de travail avec l’Unicer, le FNUAC, les ONG… Il était alors impossible de refuser de travailler avec ces organismes.
A compter de 2003-2004, la lutte contre le code, sous le titre 20 ans barakat, verra l’utilisation de nouvelles formes d’action : chansons et clips, lâchers de ballons… L’action des femmes aboutira à la révision de la loi électorale, à l’abrogation de l’article 31bis de la Constitution et à la reconnaissance de la parité aux élections. Cela se traduira par un renforcement considérable de la présence des femmes dans les assemblées élues.
Au cours des années 2000 toujours, on assistera à une intensification de la lutte contre les violences faites aux femmes. L’Institut national de santé publique (INSP) avant 2000 puis des associations prendront cette question a bras le corps par la réalisation d’enquêtes, de campagnes de sensibilisation… Des centres juridiques et psychologiques d’écoute et d’accueil seront installés. La lutte contre le harcèlement sexuel au travail mené par la commission femme de l’Ugta aboutira à l’amendement du code pénal. D’autres terrains d’action seront ouverts tels que la lutte contre les discriminations au travail, l’accès des femmes aux micro-crédits afin d’assurer leur autonomie économique et financière et les amener ainsi à une vision égalitaire des rapports entre sexes et à la lutte. Des actions seront entreprises en direction des jeunes afin de les sensibiliser et de leur transmettre les valeurs et les objectifs du mouvement.
Melle Tinhinan MAKACI interviendra sur la question des perspectives du mouvement féministe aujourd’hui en Algérie en notant que la question de la place et du rôle des femmes revient actuellement au premier plan à travers les médias, le discours politique… Elle notera cependant qu’il n’existe pas de perspective immédiate et que la situation des femmes se détériore.
Or, le changement de la situation des femmes doit provenir d’elles-mêmes. Celles-ci doivent lutter sous des formes nouvelles car les anciennes ont échoué.
L’oratrice affirmera que l’émancipation des femmes ne se réalise pas mécaniquement à travers le travail. Beaucoup de femmes acceptent en effet des conditions de travail dégradées. Beaucoup d’entreprises les recrutent car elles acceptent des conditions de travail dégradées et parce qu’elles font leur travail de façon minutieuse.
Les femmes subissent également la rancœur de nombreux jeunes chômeurs hommes qui leur reprochent de leur prendre leur travail.
Un autre aspect de la situation des femmes en Algérie réside dans la disparité géographique de leur situation. Les femmes du Sud s’avèrent ainsi plus soumises à l’autorité familiale que celles du Nord où les familles ont été bouleversées par l’entrée des femmes sur le marché du travail.
Abordant la question des perspectives, l’intervenante affirmera qu’il ne faut pas rejeter l’action par les trois (3) C : Cuisine, Couture, Coiffure. L’activité professionnelle permet à la femme d’acquérir une autonomie financière par rapport à la famille (père, frère, conjoint…), ce qui constitue un pas vers l’émancipation. D’où l’importance de l’installation de coopératives professionnelles (ateliers de couture, apiculture, oléiculture, cuisine…) qui permet au femme de devenir des actrices économiques autonomes et de s’affirmer.
Il s’avère également nécessaire de sensibiliser les commissions femmes des partis pour initier le front le plus large en faveur de l’abrogation du code de la famille. Ce dernier peut également faire l’objet d’un contournement par le planning familial afin de mettre le doigt sur la contradiction : contraception, légalisation de l’IVG, protection des femmes célibataires, des prostituées, contrôle des naissances…
Débat
La moitié des présents, dont une écrasante majorité de femmes, ont pris la parole au cours du débat. Celui-ci s’est essentiellement articulé autour des questions suivantes.
. La situation des femmes : Elle est contrastée. Sur le plan juridique, le sort des femmes des milieux populaires de l’intérieur du pays et des quartiers populaires des grandes villes – surtout celles qui sont analphabètes – est inquiétant. Elles font face à des juges souvent sortis de zwis (pluriel de zawia) qui recourent à la charia pour trancher les litiges. La soumission des femmes s’en trouve renforcée.
La condition économique et sociale des femmes a cependant connu de grands changements. En 1962, on comptait 900 000 femmes rurales et 36 000 femmes travailleuses urbaines dont 24 000 femmes de ménage. La scolarisation et le développement du marché du travail (industrie et fonction publique dans les années 1960 et 1970, commerce et services depuis) se sont traduits par une entrée massive, bien qu’encore insuffisante, des femmes sur le marché du travail même si l’on note, au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie, que le nombre de femmes responsables diminue.
L’aspiration à un mariage non-arrangé s’est généralisée et l’on assiste à une transformation dans la tête des femmes et dans les rapports familiaux, même si l’on est encore loin du compte comme l’illustre l’exemple dramatique des femmes cancéreuses répudiées par leurs maris. Il n’y a pas eu de triomphes, mais des avancées réelles dans le sort des femmes. Il faut également noter que les nouvelles générations d’hommes (frères, cousins…) sont moins ouvertes que les anciennes (pères, oncles…).
. Etat du mouvement féministe : Le constat général est celui d’un isolement des mouvements féministes vis-à-vis de la grande masse des femmes, celles des milieux populaires en particulier (femmes au foyer, femmes rurales, ouvrières…) et des régions déshéritées (montagnes, Grand Sud…).
Le mouvement féministe était effectivement important au cours des années 1989-1991, mais n’oublions pas, à la même époque, l’imposante manifestation des femmes islamistes en faveur du maintien du Code de la famille. L’action multiforme (idéologique, politique, terrorisme…) des islamistes contre les femmes, y compris à l’université, a joué un rôle important dans le recul du courant féministe.
La défaite des partis de gauche, dont les militantes étaient généralement à l’initiative de la création des associations féministes, s’est largement répercutée sur le mouvement féministe. Des critiques sont cependant adressées à ces partis dont « la ligne primait sur les convictions féministes » et qui utilisaient les mouvements féministes à des fins étroitement partisanes et à courte vue.
Malgré son recul, le mouvement n’a pas disparu mais s’est adapté à l’état du rapport de forces. Le mouvement associatif qui est dans la revendication (abrogation du code de la famille, égalité juridique…) rencontre beaucoup de difficultés. C’est pourquoi des réseaux se sont constitués (jeunes féministes sur facebook, Wassila, Sidef…) ainsi que des coopératives de femmes qui ont permis, au-delà de l’autonomie économique acquise d’avancer dans la sensibilisation des femmes quant à leur situation et à la nécessité de combattre pour l’égalité des sexes.
Il y a une sorte de « coupure » entre les générations. Les jeunes ne connaissent pas forcément l’histoire du féminisme, ne lisent pas toujours les anciens ouvrages sur la question et sont à la recherche de nouvelles démarches pour faire évoluer le mouvement. Le recul voire la disparition des anciennes associations féministes et le manque de communication ont objectivement renforcé cette « coupure » des générations ainsi que celle avec la société.
. Image du féminisme : Le féminisme est assimilé par une partie de la société à une déviation occidentale. Les islamistes, et pas seulement les hommes, effectuent un important travail souterrain de dénigrement. Les télévisions qui déversent le discours islamistes ne se privent pas de stigmatiser les revendications féministes et leurs mouvements. Tout ce beau monde présente les femmes comme une élite occidentalisée, aliénée et coupée de sa société, de son environnement culturel. De multiples reproches visant à le délégitimer sont avancés : minoritaire, extérieur à la société, remise en cause des mœurs et traditions…
On peut noter, là aussi de façon paradoxale, qu’une partie de la presse présente de façon positive les revendications féministes et les mouvements féminins, mais il existe malheureusement une presse encore plus puissante qui reproduit des schémas dévalorisants à propos des mouvements de femmes et de leurs revendications.
L’UNFA, en tant qu’organisation de femmes officielle, ne contribue pas, bien au contraire, à redresser la vision socialement dominante du mouvement des femmes.
. Les perspectives des féministes : Le débat qui a eu lieu autour de cette question peut se décliner en quatre axes : Quels sont les objectifs du mouvement féministe ? Comment se lier aux femmes ? Comment agir ? Comment s’organiser ?
– objectifs du mouvement féministe : L’émancipation des femmes ne pouvant être atteinte que si la société est elle-même émancipée (du patriarcat, de toute domination politique, de toute exploitation, de la rareté et de la concurrence entre individus…), il s’agit là d’un objectif final qui ne doit pas pour autant être renvoyé aux calendes grecs.
Dans l’immédiat, l’objectif à atteindre est celui de l’égalité juridique auquel s’ajoutent les combats contre les violences (femmes battues, chassées de leurs maisons, enfants enlevés…), les discriminations (emploi, logement…) et autres maux infligés (non-paiement de la pension aux femmes divorcées…), aux femmes dans notre société. La prise de conscience et la mobilisation du plus grand nombre de femmes, d’hommes et de forces politiques et sociales doivent contraindre les autorités à reconnaître l’égalité des droits entre hommes et femmes par l’abrogation du code de la famille et/ou par des amendements et l’adoption de nouveaux droits.
– Comment se lier aux femmes : Un consensus se dégage sur le fait de cibler la grande masse des femmes des milieux populaires. C’est elles qu’il s’agit de conquérir au combat féministe car ce sont elles qui doivent porter sur leurs épaules les revendications des femmes. Mais comment les atteindre ?
La première chose consiste à effectuer un véritable travail de proximité autour de leurs problèmes, de leurs préoccupations, de leurs aspirations voire, quand elles l’expriment, de leurs revendications. Les enquêtes réalisées (INSP, réseaux Wassila, SIDEF…) ou à réaliser aideront considérablement à faire ressortir ces questions et à les hiérarchiser en vue d’une intervention forcément limitée dans un premier temps du fait des faibles forces militantes existantes.
Le travail d’écoute et d’assistance juridique, la mise en réseau, l’action syndicale et associative, l’aide à la création de coopératives, l’orientation vers les établissements de santé (planning familial), les activités culturelles, les trois C (couture, coiffure, cuisine)… Tout ce qui peut permettre aux femmes de se rencontrer, de sortir de chez elles, d’acquérir une autonomie, de se valoriser et d’agir même sur des objectifs minimes doit être encouragé et mis en œuvre.
La lutte pour l’égalité implique de créer un climat de confiance et de ne pas trahir celle-ci car c’est sur elle que repose toute l’action féministe. Un dur et long travail peut être détruit en quelques secondes par une attitude maladroite, un propos déplacé…
 
– Comment agir : Le combat pour l’égalité des droits et pour l’émancipation passe par l’abrogation du code de la famille et son remplacement par des lois civiles. Cet objectif qui présuppose une modification substantielle du rapport de forces social et politique n’exclut pas d’arracher des amendements, l’abrogation d’articles particuliers, l’obtention de nouveaux droits.
Etant un combat de société, il intéresse et implique forcément les hommes. Ceux-ci doivent prendre en charge, aux côtés des femmes et sous des formes appropriées, ce combat politique commun. Les syndicats, les mouvements et autres partis doivent se positionner clairement sur la question des femmes et s’engager activement dans le combat pour l’égalité. Plus les courants démocrates et de gauche se renforceront et plus la cause des femmes avancera dans la société.
Un combat idéologique doit accompagner l’action politique en vue de transformer les mentalités et les mœurs au sein de la population (du père de famille au juge ou à la juge) afin de faire reculer les préjugés, visions et pratiques sociales rétrogrades (aux noms d’une interprétation réactionnaire de la religion, des traditions, de coutumes…) et d’élargir les espaces et les brèches dans lesquels les femmes peuvent s’engouffrer (coopératives…). Il reste encore beaucoup de travail à faire auprès de certaines familles (des pères en premier lieu) de régions marginalisées (Sud, montagnes et hauts-plateaux…) pour amener celles-ci à respecter le droit (qui est également une obligation) des filles à aller à l’école et pour les aider à réussir dans leur formation. Le respect de l’autonomie des femmes qui travaillent (droit de conserver sa rémunération et non de la remettre à un tuteur), le refus des pratiques autoritaires, sexistes…
La nécessité d’une démarche stratégique a été soulignée. Il convient pour cela de réfléchir au contexte politique et changer les choses sur le terrain et non virtuellement. Internet et les réseaux doivent, de ce point de vue, constituer des outils et non devenir des objectifs.
L’importance du travail d’information a été soulignée.
– Comment s’organiser : Dans le but de mener toutes ces actions à bon port, plusieurs idées ont été avancées. Il faut faire attention au danger de l’O.N.génisation des associations. Il convient de reconstruire ou de redynamiser des cadres autonomes existants, à l’image de l’association Tharwa ou d’en créer de nouveaux sans se braquer sur des questions de sigle. Le tout est que ces cadres acceptent le pluralisme, fonctionnent démocratiquement, loin des luttes de leadership et d’appareil et soient véritablement autonomes.
Un groupe de travail s’est dégagé à l’issue de la rencontre afin de synthétiser et de faire des propositions de réflexions, d’actions et d’organisation.

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